Trajan, le meilleur des princes

De l’histoire militaire romaine

 

Enseignant à l’université catholique de Louvain, Christophe Burgeon a publié en 2017 une biographie assez novatrice sur l’empereur Domitien, dernier prince de la dynastie flavienne et assassiné en 96, dont la réputation désastreuse est largement due à une historiographie sénatoriale hostile : Domitien avait largement persécuté le sénat. En tant que chercheur en histoire militaire, on lui doit aussi des monographies sur les premières et troisième guerres puniques publiées chez l’éditeur belge Academia. Il s’attaque ici à la figure de l’optimus princeps, Trajan, qui fit une partie de sa carrière sous Domitien justement.

 

Une figure presque mythique

 

Dans l’historiographie sénatoriale romaine, Trajan fait figure d’exemplum et est paré de toutes les qualités. Christophe Burgeon essaie ici de lui rendre une certaine complexité, signalant avec justesse que ce fils d’aristocrate provincial a fait ses débuts sous les empereurs Titus et Domitien et rien ne signale une quelconque prise de distance avec la politique de ce dernier. Il est appelé au pouvoir par Nerva pour se concilier l’armée. Trajan devient rapidement empereur : va-t-on assister à une rupture avec les pratiques politiques antérieures ?

 

La continuité et la grandeur

La réponse est non. Trajan se révèle un souverain absolu et autocrate, intervenant à toutes les échelles du gouvernement de l’Empire. Il s’attache le sénat dans un rapport traditionnel de patron à client, typique de la civilisation romaine. La différence est ailleurs. Trajan est un traditionnaliste, défenseur de la romanité. Il identifie le sénat au mos maiorum (traduisons par « coutume des ancêtres » pour plus de commodité) et lui témoigne donc du respect. Pour gouverner, il s’entoure d’un groupe d’amis, le consilium principis dont fait partie son panégyriste Pline le jeune. Il se préoccupe aussi du ravitaillement de Rome et aussi de grands travaux dans l’Urbs.

 

La grande affaire de son règne sont cependant les guerres contre les Daces et les Parthes. Si les premières sont couronnées de succès et sont l’occasion d’une des dernières annexions majeures de l’Empire, l’expédition contre les Parthes s’achève par un échec. Il achève d’y montrer en tout cas ses talents militaires et d’administrateur. Le meilleur des princes ? Un homme au parcours exceptionnel en tout cas que cette biographie de qualité permet de redécouvrir.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Christophe Burgeon, Trajan l’empereur soldat, Perrin, janvier 2019, 272 pages, 22 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.