Dumbo: conférence de presse

C’est dans l’enceinte du Bristol que les studios Disney nous on convié à parler avec le réalisateur Tim Burton et l’actrice Eva Green de leur dernière production Dumbo. Je vous rapporte les propos tenus durant cette conférence.

Question : (pour Tim Burton et Eva Green)

Pourquoi faire Dumbo ? Et pourquoi le film fait rêver encore tant de générations ?

Tim Burton : D’abord pour moi l’histoire de cet éléphant volant c’est une métaphore très très belle.  C’est aussi une histoire un peu  plus personnelle autour d’un personnage différent qui a dû mal à rentrer dans le moule qui rappelle mon expérience belle et longue avec Disney. Je célèbre surtout comme d’habitude la beauté d’êtres différents qui finissent par être acceptés par les autres.

Eva greenJ’ai grandi avec Dumbo. J’ai vu le film quand je devait avoir quatre ou cinq ans. L’histoire m’a toujours beaucoup bouleversé, cette histoire d’éléphanteau et de sa mère, de séparation, c’était très émotionnel,  quand on est enfant. Et bien sûr il n’y avait personne d’autre que Tim Burton pour raconter cette histoire, lui qui comprend si bien les incompris, en ajoutant sa poésie et sa magie.

Question : (pour Eva Green) Qu’est ce qui fut le plus difficile vaincre sa peur du vide ou prendre un accent français à couper au couteau ?

Eva Green : la peur du vide évidemment. J’ai appris que cela s’appelait de l’acrophobie. Et au départ je pensais que je n’y arriverais jamais. Mais grâce à la patience des acrobates qui m’ont transmis leur savoir, j’ai vaincu ma peur. Mais cela a demandé beaucoup de temps et beaucoup de patience.

Question : ( pour Tim Burton) Avez-vous lu le livre original et vous en êtes vous servi pour écrire le scénario ? Sinon pouvez vous nous en dire plus sur le personnage de Colette Marchand, qui a vraiment existé (pour Eva Green) ?

Tim Burton : en fait non ; ce qui m’a inspiré c’est la beauté de ces images, celles des anciens films Disney qui ressemblaient à des fables. C’est d’abord l’inspiration visuelle qui a primé pour moi.

Eva Green : non je ne savais pas que c’était un personnage existant. Honte à moi. Elle me fait penser à une actrice de l’âge d’or, proche du cinéma muet que le personnage de Michael Keaton a trouvé dans les rues de Paris en a fait une superstar. C‘est un bel oiseau en cage.

Question : (pour Tim Burton) Quel est la scène ou les scènes que vous avez préférées ici ?

Tim Burton :C’est un film assez étrange à tourner avec ces décors, cette équipe et ces acteurs…mais il manque quand même le personnage principal. C’était assez incroyable. Je me disais que ce n’était pas incroyable de faire ce film, de faire un remake mais de faire une approche différente.

Question : (pour Tim Burton) Avez-vous des films de référence, on connaît par exemple votre affection pour Fassbinder ou pour les films noirs ? Pour Eva Green avez-vous fait un travail de recherche sur les films de Tim Burton et si oui lesquels ?

Tim Burton : J’aime infiniment tous les films et tout le cinéma. Donc je ne vais pas parler directement d’influences car tous les films que j’ai pu voir m’ont influencé. Mais dans Dumbo, il y avait quelque chose dans la palette des couleurs, une certaine noirceur qui m’a inspiré.

Eva Green : Je connaissais plus ou moins les de Tim Burton avant mais aucun personnage qui ressemblait à Colette. En terme d’univers, le film se rapproche plus de Big Fish.

Question : (pour Tim Burton) Avez-vous choisi ce film Dumbo car il fait écho à toute votre œuvre ?

Tim Burton : Pour moi la raison principale c’est une ressemblance avec qui je suis ; un personnage qui fut la risée, un peu marginal, spécial. C’est le sentiment qu’il éveille. Et je suis toujours attaché à faire des films qui me parlent profondément et intimement.

Question : (pour Tim Burton) il y a une certaine différence entre l’univers féerique du studio et le vôtre. Comment arriver vous à combiner les deux ?

Tim Burton : tous les films Disney nous permettaient d’aborder en tant qu’enfant les thèmes de la mort, de la tristesse, qu’on avait du mal à comprendre en tant qu’enfant. Il y a Dumbo ou Pinocchio. Mais ce qui nous attire ce sont les choses les plus effrayantes. Donc je ne fais pas de différence avec ce que vous évoquiez, c’est la même chose.

Question :(Pour Tim Burton)  Etait ce important d’apporter une dimension militante sur la condition animale, notamment au sein des cirques ce qui n’était pas le cas dans le dessin animé d’origine ?

Tim Burton : personnellement je n’ai jamais aimé le cirque, les clowns par exemple mais également les bêtes sauvages qui y étaient enfermées. Mais en même temps c’était un lieu étrange où se regroupaient des artistes, des marginaux. Bien évidemment, je suis heureux qu’on y voit plus de bêtes sauvages en captivité et dans mon film on utilisait des chevaux ou des chiens mais pas d’animaux sauvages.

Question : on parle du cirque, comment Eva Green jugez vous l’univers du cirque dans le film ?

Eva Green : une des premières scènes que j’ai tournée fut la scène d’arrivée dans Dreamland dans la voiture. Ce qui était agréable c’est que nous travaillions avec peu d’écran vert. Il y avait les figurants, les acrobates, un groupe de jazz…on avait l’impression de retrouver l’esprit de l’âge d’or hollywoodien, c’était grandiose.

Question: (pour Tim Burton) Quelle a été la scène la plus forte pour vous du coup ?

Tim Burton : quand on arrivait sur le tournage il y avait des jongleurs, des lanceurs de couteau. Eva Green a appris à devenir trapéziste. Il y avait de la passion dans l’air.

Eva Green : c’est vrai qu’il y avait de la passion. Je m’entraînais tous les jours dans une grande tente où nous vivions tous ensemble. Il y avait les clowns, les trapézistes, on y ressentait un soutien, un amour.

Question : (pour Tim Burton) Vous avez développé autour de l’histoire de Dumbo celles d’autres figures incarnées par de grands acteurs. Était-il difficile de trouver une place pour chacun avec des destins aussi riches ?

Tim Burton : bonne question avec mon univers très stylisé où il y a un éléphant pas vraiment réel avec lequel les acteurs doivent interagir. Ce que j’aime c’est d’avoir autour de moi des personnes un peu étranges qui vont jouer avec un animal un peu étrange aussi. J’ai eu de la chance car j’ai réuni une troupe assez extraordinaire et un peu folle. Oui le cirque c’est une famille un peu étrange c’est pourquoi j’ai retrouvé bon nombre de collaborateurs du passé. J’aimais l’idée d’en faire une famille dysfonctionnelle ce qui était très important pour le film lui-même et j’ai apprécié que tout le monde s’accorde entre eux et avec ma propre vision.

Question :(pour Eva Green)  On parlait du discours engagé sur le monde animal. Mais il y a également l’émancipation de votre personnage vis-à-vis de celui de Michael Keaton. Cette notion engagée est elle important dans le choix de vos rôles ?

Eva Green : Je ne choisis pas forcément des rôles féministes. Mais j’aime les femmes fortes bien sûr ou des femmes qui  voyagent pas en cage, superficielles. Des femmes complexes, courageuses, modernes…

Question : (pour Tim Burton) Faire Dumbo incarne t’il le regret d’un réalisateur qui aurait aimé vivre l’aventure des gens du Cirque ?

Tim Burton : je suis un personnage du cirque en quelque sorte, car lorsque l’on tourne un film il y a une dynamique identique. Avec d’incroyables artistes en plus. Donc je n’ai aucun regret car tourner un film c’est meilleur pour moi que de m’enfuir pour retrouver un cirque ambulant.

Question : (pour Tim Burton)  Vous avez déclaré que Frankenstein vous réconfortait enfant ? Qu’ont de réconfortant et d’attachant pour vous ces êtres à part comme Edward, Dumbo ou Frankenstein ?

Tim Burton : chacun a eu une version différente de ce qui nous touche ou nous interpelle. Je change de monstre chaque jour. Mais cela ne veut pas dire quand on s’identifie à eux que cela vous console complètement. C’est pourquoi des personnages comme Dumbo sont importants dans cette optique.

Question : (pour Tim Burton)  on a peu parlé du contexte celui de l’après Première Guerre Mondiale. Et notamment de la façon dont le personnage de Colin Farell a perdu son bras ?

Tim Burton : je voulais présenter Dumbo comme une fable. Je ne voulais ni montrer la guerre, ni la perte du bras ou de la femme du personnage de Colin Farell. Ce qui était important c’est quand on les rencontre, c’est de comprendre ce qui est arrivé aux personnages sans le montrer directement. Le contexte est important mais il doit faire écho à ce que vivait Dumbo et son parcours.

Question : Eva Green dit on oui quand Tim Burton vous appelle pour un film et en quoi consiste sa direction d’acteurs ?

Eva Green : Oui, qui dirait non !! On dit tout de suite oui sans lire le script. On sait qu’il y aura un univers haut en couleurs, un rôle jamais joué…Il y aune atmosphère chaleureuse malgré la grosse machine derrière, surtout que Tim Burton travaille souvent avec les mêmes personnes, c’est un vrai plaisir à l’arrivée.

 

 

 

 

 

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre