Dumbo

Même les freaks ont des ailes

1919. De retour du front, Holt retrouve ses enfants et le cirque dont il était jadis l’attraction aux côtés de sa défunte épouse. Amputé d’un bras à la suite de la guerre, il va devoir désormais s’occuper des éléphants. La naissance d’un nouveau-né, Dumbo va bouleverser non seulement sa vie mais également celle du cirque…

Que doit-on faire pour se faire accepter mais également s’accepter quand l’on se trouve à la marge des critères édictés par les codes qui régissent notre environnement ? Question au combien superficielle tant elle relève très souvent d’une philosophie simpliste quand la forme n’égale point l’importance du fond. Réflexion faîte, le résultat à l’arrivée s’avère souvent bien moins pertinent que les premières interrogations prometteuses. Cette question pourtant peut être résolue avec finesse parfois ou encore avec une certaine tendresse malicieuse, infantile, innocente comme lorsque le spectateur découvrait justement Dumbo pour la première fois, dessin animé culte des studios Disney récompensé par la critique à sa sortie. Aujourd’hui, le célèbre éléphant revient dans le giron des Action Disney Live, qui présentent une version moderne des classiques d’antan de la firme, de La belle et la Bête au Livre de la jungle en attendant Le roi lion.

A la tête donc de ce nouveau long-métrage, on retrouve Tim Burton, assimilable par sa carrière et sa personnalité à Dumbo, qui eût toutes les peines du monde à faire accepter ses différences visuelles dans le monde aseptisé de l’Entertainment. Pourtant, il est désormais auréolé de multiples succès et éloges bien que ses dernières œuvres peinent à égaler celles qui ont fait sa gloire et ce, depuis Big Fish. Certains diront qu’il a perdu son âme au fil des ans, d’autres qu’il n’a plus rien à dire. Mais la vérité tend plutôt vers un conformisme de la mise en scène, dénuée des idées un peu folles de ses grandes années.

Il faut admettre d’emblée que ce Dumbo n’est pas exempt de défauts. Outre le sentimentalisme excessif issu à la fois du dessin animé d’origine et de l’univers même des studios derrière le projet, Burton agace encore par moments par des aspects certes iconoclastes mais désincarnés dépourvus de la moindre personnalité. En outre, en dépit d’un casting haut de gamme, il peine parfois à faire coexister l’ensemble de ses protagonistes. De même en s’attardant sur la cause animale ou l’émancipation féminine sans jamais s’attacher véritablement au sujet, il rate le coche.

Pourtant, malgré ces nouvelles anicroches, des relents de sa superbe pointent ça et là accouplés à des brins de noirceur exempts de la gratuité d’un Sweeney Todd par exemple. Son amour des freaks redevient alors véritablement sincère non seulement quand il s’attarde sur Dumbo, mais également sur Holt, Colette, Max ou Milly. Le tout de force du cinéaste s’accomplit quand la caméra se place derrière le regard de l’éléphant, parfois de manière ostentatoire mais très souvent subtilement comme à l’époque où il mettait en scène Edward, Batman ou le cavalier sans tête.

Freaks vous avez dit Freaks ? On connaît l’amour de Burton pour Mario Bava, Terence Fisher, la Hammer et… Tod Browning. Ce dernier auteur du fameux Freaks (dont l’expression a franchi les âges) dressait le portrait d’un cirque d’êtres différents et torturés, manipulés à la fois par un système corrompu et la vénalité de quelques uns. Force est de constater que son Dumbo se rapproche furieusement de la pépite de celui qu’il admire tant. Si la fable consacrée à l’éléphant est bien plus édulcorée que le conte glacial de son aîné, elle en conserve certains aspects sulfureux, dérangeants mais surtout révélateurs d’un contexte donné.

Certes, Dumbo n’est ni le film du rachat, ni un tour de force comme le furent Batman le défi, Mars Attack, ou encore Sleepy Hollow. Pourtant, en faisant appel à la fraîcheur de Big Fish et en revenant aux bases inspiratrices qui l’on conduit au sommet, Burton donne à la fois un ton irrévérencieux à son Dumbo et une touche personnelle que ne connaissait pas Alice par exemple, sans donner dans la surenchère vulgaire comme Sweeney Todd ou Dark Shadows. Beaucoup clameront au produit très bien calibré. D’autres parleront d’une nouvelle jeunesse. En tout cas, Dumbo contrairement à ses prédécesseurs ne sera pas une raison d’en vouloir à son auteur…après quinze ans de traversée du désert.

Film américain de Tim Burton avec Colin Farell, Dany DeVitto, Eva Green, Michael Keaton. Sortie le 27 mars 2019. Durée 1h52.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre