François Guizot, l’homme de juillet

Une vie pour Guizot

Rien ne prédestinait a priori Laurent Theis à devenir le biographe d’un des principaux ministres de la monarchie de Juillet : il s’est d’abord fait connaître par des ouvrages sur Robert Le Pieux ou Dagobert, disponibles en poche chez Biblis aux éditions du CNRS. Seulement, comme il le raconta un jour dans un entretien à la revue l’Histoire, il a eu un jour un coup de foudre pour Guizot. Il a mis alors des années à écrire une biographie que l’on pourrait qualifier de définitive, publiée chez Fayard en 2008 et qui est réédité ces jours-ci chez Tempus, la collection poche des éditions Perrin.

 

Guizot, historien et politique

Issu de la bourgeoisie protestante de Nîmes, fils d’un homme guillotiné sous la Terreur, le jeune François grandit sous l’Empire dont il ne goûte guère les fastes. Il ralliera donc la Restauration et devient vite un des piliers du groupe des « doctrinaires », des libéraux qui demande d’aller au bout de la charte et qui s’inquiètent de l’influence des Ultras. L’assassinat du duc de Berry entraîne un coup de barre à droite et Guizot est révoqué du conseil d’Etat. Le voilà professeur et il va exceller. Il écrit et donne des cours où il dresse le parallèle entre la France des années 1820 et l’Angleterre des années 1680 : il attend une glorieuse révolution et croit la trouver en 1830 et le remplacement des Bourbons par les Orléans.

 

Le ministre

Guizot se trouve bientôt comme un des principaux personnages du nouveau régime, avec Thiers et Molé. Comme ministre de l’instruction publique, il joue un rôle capital dans l’alphabétisation du pays. Il tente de trouver pour la France la politique du juste milieu, se refusant au suffrage universel, croyant dans les « capacités ». Il est l’artisan d’une première entente cordiale, jouant un rôle clef dans la chute de Thiers en 1840 suite à l’affaire d’Egypte. Cet homme intelligent, sensible même, amoureux des femmes, ne voit pas pourtant arriver la Révolution de 1848 qui marque la fin de sa carrière politique.

 

Un homme complexe

Guizot aime donc les femmes, on est loin du stéréotype du protestant austère. Il est l’ami de la princesse de Lieven et de la princesse de Dino (la dernière maîtresse de Talleyrand). Il cultive ses amitiés, s’occupe de ses enfants (son fils Guillaume lui procure bien des soucis). On découvre ici l’homme privé, complètement ignoré des historiens. On découvre aussi un protestant assez libre, ami du catholique Montalembert et qui s’occupe de sa communauté en prenant part à des débats théologiques. Voici une biographie captivante d’un homme qui marqua le XIXe siècle de son empreinte.

 

 

 

Sylvain Bonnet

Laurent Theis, François Guizot, Perrin « tempus », mars 2019, 624 pages, 11 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.