Novecento acte 1 et 2 (1900)

Les raisins de la colère

 

Les destinées d’Alfredo et d’Olmo fils respectifs de bourgeois et de paysan, nés le même jour dans le même domaine. Tout d’abord amis, ils vont vite s’affronter au nom de la lutte des classes au cœur de l’Italie fasciste et de la Seconde Guerre Mondiale.

29 avril 1945. Les deux opus s’ouvrent et se referment sur le jour de la libération pour l’Italie après avoir subi pendant plus de vingt ans le joug fasciste de Mussolini. Pourtant, ce n’est pas seulement un jour de liesse et d’émancipation, mais bel et bien une explosion de violence qui secoue le pays, las d’une domination non seulement dictatoriale mais également patriarcale. Ce ne sera point le début d’une nouvelle ère pour cette jeune sentinelle abattue par un quidam ennemi avec des dernières paroles amères, la guerre est terminée. Gisant sur le bord de la route il sera ignoré par des partisans en quête de vengeance. De cette exposition crue à une conclusion aride, Bertolucci va s’efforcer pendant plus de cinq heures à dresser un portrait sans concession de l’Italie de la première moitié du vingtième siècle.

Bertolucci malgré une aura qui s’est accrue au fil des années n’a jamais été considéré comme un artisan majeur du septième art y compris dans son pays ne soutenant pas la comparaison des Leone, Corbucci, Visconti, Rossellini, Fellini ou Pasolini. Connu surtout pour son sulfureux Le dernier tango à Paris,  sa saga Novecento l’est en revanche beaucoup moins d’un large public. Pourtant ce n’est ni la verve, ni la rage bestiale animant les deux long-métrages qui sont à l’origine de leur relative transparence médiatique.

D’emblée, le metteur en scène annonce son ambition : parler de la lutte des classes à travers l’amitié tumultueuse unissant Alfredo et Olmo, l’un riche propriétaire et l’autre paysan syndiqué, deux hommes que tout oppose et pourtant que tout rassemble, événements de la vie et événements de l’Histoire. Pour conter le récit de ces protagonistes, archétypes pourtant ordinaires d’une société figée, Bertolucci ne désire pas faire et ne fera pas dans la dentelle. Tout évoque et tout se ramène à un mélange sordide, d’excrément, de sexe et de sang à l’image brute des pulsions primaires qui animent tout à chacun. Pour appuyer son propos, Bertolucci n’épargne jamais le spectateur par ses scènes à la limite de l’outrance ou par ses propos. Comme l’explique le grand-père d’Alfredo avant de mourir, tout est régi par le lait (connotation sexuelle à l’appui) et la merde…alors qu’i agonise peu après dans une étable au milieu des bouses de vache. Le cinéaste force le trait par la suite exposant Attila interprété par Donald Sutherland à l’ire des paysans armés seulement de crottins de cheval et laissera le fasciste pour mort au milieu d’une porcherie. Si par instant, une telle crudité peut forcer l’admiration, à d’autres elle ne fait qu’engendrer un malaise légitime n’aidant en rien la démonstration d’un propos certes noble, mais desservi par une forme à la limite du grotesque. En outre, lorsque le réalisateur laisse de côté son attirail à la violence ostentatoire, il s’obstine à mettre en exergue sa leçon de maître et serviteur par une emphase inappropriée. Enfant, on voit Olmo s’amuser à chasser des grenouilles qu’il revendra ensuite au père d’Alfredo. Ces dernières  servies au dîner seront dégluties par un Alfredo écœuré…

Pourtant, au milieu de cette ambiance nauséabonde, Betolucci tire son épingle du jeu à l’aide d’un montage judicieux et d’un cut souvent impressionnant, marquant habilement les ellipses temporelles. Ainsi la scène où un Olmo adolescent s’endort dans le train et s’éveille quelques années plus tard de retour du front en est l’exemple le plus flagrant.

A l’arrivée, Novecento appartient à ces œuvres qui ne manquent point d’ambition mais dépassée par ses limites entropiques et par ses propres illusions. Malgré des interprètes déjà confirmés, le long-métrage n’égale jamais les fresques de Ford ou de Leone, dépourvu de l’élégance des Raisins de la colère ou encore du souffle d’Il était une fois la révolution. Les plus sévères jugeront l’ensemble vulgaire. Les plus cléments dénonceront un esthétisme démagogique…

 

Films italiens de Bernardo Bertolucci avec Robert de Niro, Gérard Depardieu, Dominique Sanda. Durée 2h43 et 2h30. Sortie 1976. Sortie en version restaurée le 1er mai 2019

 

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre