Les françaises, les français et l’épuration, des années noires et d’un sujet plus futile

Deux auteurs pour l’épuration

Sur ce sujet très sensible, qui a suscité moult ouvrages, Fabrice Virgili, déjà auteur de La France virile (Payot, 2000), s’associe à François Rouquet, avec qui il avait déjà collaboré sur l’ouvrage  Sexe, genre et guerres (1914-1945) sorti en 2010 toujours chez Payot. L’approche du livre se veut à la fois exhaustive et aussi comparative : les deux historiens n’hésitent pas en effet à comparer la sortie de guerre de la France avec celle d’autres pays européens comme l’Italie ou la Yougoslavie.

 

Spécificité française

La France a eu ceci de particulier de disposer d’un gouvernement apparemment légitime (je renvoie ici à l’argumentaire de René Cassin pour mettre en question cette « légitimité ») qui a choisi la collaboration avec l’Allemagne nazie. Ce choix n’a cessé de se confirmer durant les années de guerre, creusant un fossé avec la population. L’épuration des miliciens, collaborateurs ou collaborationnistes commence dès avant la libération de la métropole, en Algérie ou en Corse. Tout l’enjeu pour le GRPF du général de Gaulle est de canaliser la colère et de rétablir l’autorité de l’Etat, tâche loin d’être simple… Les femmes tondues seront un des symboles les plus cruels de la période (marquant et dégoûtant alors de la foule un jeune adolescent nommé Jean Rochefort) : la régénération de la patrie nécessitait-elle cette humiliation, revanche des mâles français humiliés par la défaire de 1940 ? Pour autant, l’épuration a lieu dans l’appareil de l’État ou l’économie (songeons à Louis Renault). On perçoit cependant mal à l’époque la spécificité des crimes raciaux et antisémites ayant mené à la participation de l’État français à l’extermination des juifs et des hommes comme René Bousquet ou surtout Maurice Papon passent à travers les mailles du filet…

 

Une trace durable

Bien sûr la France n’est pas seule, toute l’Europe continentale ayant été occupée par les nazis vit un moment similaire. Mais le passé ne passe jamais en France. Les familles des épurés en gardent la trace sur deux générations. Voici en tout cas une synthèse intéressante mais il y a un bémol…

 

Horreur, malheur !

Les deux auteurs ont ainsi fait le choix d’utiliser l’écriture inclusive, ce mal-être d’une langue française déchirée par les guerres de la théorie du genre. On s’éloigne ici de l’histoire de l’épuration pour aborder le terrain de l’écriture de la langue. On peut gloser sur le machisme de la langue française, je laisse ici la parole aux experts (la disparition du neutre favorisa-t-elle le masculin grâce à l’intervention des grammairiens ?). Féminiser des mots liés à l’autorité comme « président », « amiral », voire « écrivain » parait plus pertinent à l’auteur de ces lignes que d’écrire « français.e.s ». C’est moche graphiquement, c’est laid comme un décret du ministère de l’éducation nationale. Je frémis ici d’Aragon ou Manchette réécrit en « inclusif » (qui exclut beaucoup finalement).  Bref, on espère que la guerre des genres saura trouver rapidement un terme respectant l’égalité des sexes (plus que légitime pour les femmes) et la spécificité d’une langue qu’on juge ici comme une des plus belles du monde, y compris pour écrire l’amour. À bon entendeur (ou entendeuse), salut et fraternité !

 

 

Sylvain Bonnet

François Rouquet et Fabrice Virgili, Les françaises les français et l’épuration, Gallimard folio histoire, avril 2018, 832 pages, 11,90 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.