Lucullus, un général gastronome sorti de l’oubli

L’historien de l’armée romaine

On ne compte plus les ouvrages publiés par Yann Le Bohec, professeur émérite à l’université Paris IV, qui ont renouvelé notre vision de l’armée romaine et de ses chefs. Récemment, L’Histoire des guerres romaines (Tallandier, 2017) a été pour lui l’occasion de démontrer la capacité d’adaptation de l’outil militaire romaines face à des adversaires différents tout au long de son histoire. Il se propose ici de revenir sur une figure un peu oubliée, celle de Lucullus, surtout connu pour une anecdote célèbre. A son chef qui lui avait préparé un repas frugal parce qu’il était seul, il aurait répondu goguenard : « ce soir, Lucullus dîne chez Lucullus ». Un épicurien ?

 

Un prototype parfait du noble romain

En fait, ce portrait de Lucullus, malgré des sources très hétérogènes (Plutarque, Appien, Dion Cassius) sont une occasion de s’immerger dans le milieu de la noblesse romaine de l’époque. Rappelons que le siècle qui court de la chute de Carthage à la victoire de César à Pharsale est marque par l’opposition entre « optimates » et « populares ». Les premiers veulent le maintien de la tradition et de la structure de la société romaine, les autres -tout aussi nobles que les premiers – veulent des terres et des droits pour le peuple de Rome. Lucullus, dont la famille n’est pas patricienne, est partisan des « optimates » qui ont triomphé avec Sylla. Ambitieux, il suit les étapes du cursus honorum et est envoyé comme proconsul en Asie mineure (Turquie) pour y affronter le roi Mithridate du Pont.

 

Et c’est Pompée qui rafla la mise

Pendant plusieurs années, Lucullus combat Mithridate, puis son allié Tigrane d’Arménie. Le fait qu’il gagne des batailles et rétablit la domination romaine en Asie mineure mais il est rappelé à Rome et remplacé par son rival Pompée. Ce dernier bat Mithridate, met fin à la piraterie en Cilicie, annexe la Syrie, prend Jérusalem… Pompée est passé à la postérité mais pas Lucullus qui a pourtant bien préparé le terrain. Epris de culture grecque, Lucullus, une fois à Rome, se réfugie dans l’ « Otium », la vie privée, tout en manifestant sa richesse et son influence par ses banquets. Mort en 56, il n’a pas pu participer aux guerres civiles. Voici en tout cas le portrait fascinant, malgré quelques répétitions, d’un aristocrate qui laissa une trace dans le monde antique.

 

Sylvain Bonnet

Yann Le Bohec, Lucullus, Tallandier, mars 2019, 304 pages, 19,90 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.