Spider-Man: Far From Home

Les jours d’après

Quelques mois après les événements d’Avengers Endgame, Peter Parker décide de partir en vacances en Europe avec ses camarades lycéens. Il est alors recruté sur place par Nick Fury et fait la rencontre de Quentin Beck, héros d’une autre dimension venu arracher la terre des griffes d’une horde de créatures élémentaires…

Annoncé par le producteur Kevin Feige, grand apôtre du Marvel Cinematic Universe comme la conclusion de leur phase trois, Spider-Man : Far From Home avait de quoi susciter a minima la curiosité chez les observateurs neutres et une grande attente chez les fans de la première heure. Moyen détourné pour imposer définitivement la nouvelle mouture du personnage après les passages sur la licence pour l’un remarqué de Sam Raimi et l’autre très laborieux de Mark Webb. Il est effectivement très délicat d’écarter le souvenir des opus de Raimi et la prestation de Tobey Maguire. Le reboot de la saga et le choix de Tom Holland pour Homecoming n’a pas seulement engendré quelques déceptions mais a surtout fait rejaillir la susceptibilité d’un public parfois sectaire.

Force est de constater et ce d’emblée que Spider-Man : Far From Home est une œuvre au caractère bicéphale mal affirmé. D’un côté, le long-métrage de Jon watts, qui en passant s’affirme de plus en plus en artisan efficace, se doit de remplir le cahier des charges voulu par Feige. Voulu comme un épilogue d’Avengers Endgame, Spider-Man : Far From Home traîne dans son ombre, parfois comme un boulet l’aura de son aîné. L’héritage intra diégétique et extra diégétique de ce dernier implique une évocation souvent pataude  (avec en point d’orgue le pathos affiché par Parker après la mort de Stark), mais parfois assez fine avec la sensation hors champ que le personnage et l’univers peut exister indépendamment des Avengers. Pour ce faire, le film va se parer d’une intrigue embrassant enjeux macrocosmiques et microcosmiques, voguant sur l’ère des mirages aidé en cela par une certaine maîtrise de l’illusion. Métaphore à peine voilée et trop ostentatoire d’une société rongée par le mal de l’information et de la désinformation, Spider-Man : Far From Home a le mérite de traiter du sujet  sans véritablement faire mouche  (une habitude récurrente du MCU qui s’essaie trop souvent et ce vainement à la fable socio politique).

Pourtant, d’un autre côté, Spider-Man : Far From Home s »empare du legs de Sam Raimi et retrouve par moments la grâce juvénile qui habitait les premières adaptations des aventures du tisseur de toiles. En se rappelant aux bons souvenirs de Stan Lee, Jon watts vise juste en délivrant un teen movie assez réjouissant, dès lors moins empêtré par le fameux humour de l’ensemble de la franchise, les bons mots de principe devenant bien plus légitimes. Dès lors, le cinéaste revient aux fondamentaux propres au protagoniste : la perte du mentor, la quête d’un nouveau père, les interrogations sur l’identité et sa place au sein d’un monde qu’il ne comprend pas et dans lequel il peine à s’insérer. Si l’impression de faire du neuf avec du vieux transpire tout du long, le sentiment de légèreté éprouvé par le spectateur compense largement cette probable frustration. En revanche il est regrettable que le casting ne réponde pas forcément aux attentes, la prestation de Jake Gyllenhaall par exemple manque clairement de subtilité.

Certes, Far From Home ne peut en aucun cas rivaliser avec les deux premiers volets de Sam Raimi. Malgré tout, en lorgnant du côté de son illustre prédécesseur et en s’imprégnant si ce n’est de sa maîtrise mais au moins de sa fougue, Jon Watts accouche d’un produit certes trop calibré pour être totalement sincère mais au moins suffisamment frais pour plaire. En dépit de certains discours pseudo engagés un peu trop maladroits, Far From Home affiche une belle spontanéité et sa chute a le mérite d’intriguer le chaland sur l’avenir envisagé par Feige.

 

Film américain de Jon Watts avec Tom Holland, Samuel L. Jackson, Jake Gyllenhaal, Zendaya. Durée 2h10. Sortie le3 juin 2019

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre