Histoire militaire de la France des Mérovingiens au Second Empire, naissance d’une armée et d’une nation

 

Un bel aéropage d’historiens

 

Il y a de la folie (et c’est très bien) à vouloir raconter l’histoire militaire de la France en deux tomes de 800 pages ! Les coordinateurs, Olivier Wieviorka et Hervé Drévillon ont choisi donc de s’adresser à des spécialistes. On trouve ainsi les médiévistes Xavier Hélary, auteur de La dernière croisade (Perrin, 2016), et Benjamin Deruelle, Bernard Gainot pour la période de la Révolution et de l’empire ainsi qu’Annie Crépin. Hervé Drévillon se charge quant à lui de la période cruciale de l’époque moderne.

 

Une vaste entreprise

 

En 1500 ans d’histoire, on peut dire qu’il y a beaucoup de changements et d’ailleurs la France n’existait pas au temps des royaumes barbares des Ve et VIe siècles. Xavier Hélary se montre pertinent dans la peinture de la chose militaire du Moyen-Âge avec ses chevaliers. Au choc frontal des cavaleries s’ajoute aussi la mêlée des infanteries et bientôt la force des archers qui feront le succès des anglais à Crécy en 1346. Au fur et à mesure émerge l’idée d’une armée permanente tant la guerre coûte chère et que le paiement des soldes des mercenaires pose au final pas mal de problèmes. Ce sont les rois bourbons qui créeront l’armée française et la forgeront dans la guerre contre l’Espagne des Habsbourg. Une guerre victorieuse, contrairement au long conflit avec l’Angleterre qui se soldera par la défaite de Waterloo.

 

Quelle armée ?

 

Sur le plan tactique, Hervé Drévillon retrace pertinemment comment Louis XIV a petit à petit orienté l’armée vers la guerre de siège, après la guerre de mouvement inspiré par Turenne. La partie consacrée au siècle des lumières est pertinente et peut  être complété par les observations faites sur le déclin de l’outil militaire français par Fadi El Hage dans La guerre de succession d’Autriche (Economica, 2017) qui sera patent lors de la guerre de sept ans. La révolution marque de profonds changements. Une partie des officiers émigre tandis que la levée en masse de 1793 donne à la France une armée nombreuse et qualifiée grâce à l’amalgame avec les anciens soldats royaux. Un outil dont Napoléon va profiter pour déployer son génie tactique et stratégique.

 

Par contre, Annie Crépin démontre bien le manque de formation des cadres au XIXe siècle, une des causes de l’effondrement militaire au cours de la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin cette armée est regardée avec suspicion. On craint ses exactions et Louis XIV d’ailleurs les empêche en France. Après 1815, on craint ses sentiments bonapartistes ou séditieux alors que les officiers se montrent toujours loyaux envers l’Etat, quelque soit le régime, alors que la nation se méfie. Se pose ainsi la question du lien entre l’armée et le pays, suite au prochain tome…

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Olivier Wieviorka & Hervé Drévillon (sous la direction de), Histoire militaire de la France Tome 1 : des Mérovingiens au Second Empire, Perrin, août 2018, 864 pages, 27 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.