La guerre des scientifiques, la science de l’ombre

 

La mode ? Une bonne chose, voyons !

Depuis un certain film tourné sur Alan Turing, on peut dire que le rôle des scientifiques alliés – car pour les allemands, les choses étaient différentes – sous la seconde guerre mondiale est devenu un sujet tendance. Pour autant c’est le moment aussi pour les historiens de publier des ouvrages sérieux sur le sujet : c’est le cas ici de Jean-Charles Foucrier dont les éditions Perrin ont publié en début d’année La guerre des scientifiques. On se rend compte qu’il y a effectivement de la matière.

 

Erreurs allemandes

D’abord un constat : si on suit le nombre de prix nobels en chimie ou en Physique, les allemands partaient avec un avantage très fort sur leurs rivaux. Sauf que l’idéologie antisémite nazie fait fuir certains des meilleurs chercheurs du Reich vers la Grande-Bretagne et ensuite les Etats-Unis. Ensuite, l’anarchie administrative nazie rend impossible en Allemagne un projet Manhattan ou un Bletchley Park (pour le décryptage, chaque arme allemande dispose de son propre service). Diviser pour régner, telle était la méthode d’Hitler.

Heisenberg, peut-être en raison de scrupules moraux ou d’une incapacité à devenir un manager, échoue à convaincre Speer de l’utilité d’une bombe atomique. Et heureusement ! Imaginons un instant comme l’auteur que le IIIe Reich ait réussi à fabriquer une bombe A et l’ait placé sur un V2 conçu par Von Braun (l’homme qui envoya Armstrong sur la Lune) …

 

Innovations technologiques

Derrière l’histoire bien connue du projet Manhattan, on trouve aussi d’autres innovations comme la Pénicilline ou le vaccin contre le typhus. Notons aussi que si les médecins allemands ont commis le crime d’expérimenter sur les prisonniers soviétiques ou les déportés (citons Schilling et ses horribles expériences sur le paludisme), des médecins américains se sont aussi livrés à des expérimentations sur des hommes (dont certains de couleur noire, à l’époque ça ne comptait pas pour les blancs américains) sur les effets du plutonium, à une échelle qui n’a rien de comparable bien sûr. Mais qui sait que le premier ordinateur, Colossus, a été conçu et fabriqué par les britanniques (sur des idées de Turing) ? Souvent, le schéma est le suivant : les anglais (grâce à l’apport des scientifiques étrangers) ont les idées et ce sont les américains qui financent, fabriquent, industrialisent grâce à leur puissante économie de guerre. Et in fine, ils en retirent tous les bénéfices.

 Une très bonne synthèse en tout cas.

 

 

Sylvain Bonnet

Jean-Charles Foucrier, La guerre des scientifiques, Préface de Jean-Paul Bled, Perrin, février 2019, 450 pages, 24 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.