Encouraging Words, Billy Preston : le petit génie de l’orgue Hammond

 

Billy et les garçons : What Else ?

Billy Preston était gay. C’est Keith Richards qui l’affirme dans ses mémoires, Life, parues en 2010. Et visiblement, les témoignages abondent en ce sens. Preston a vécu par contre dans le placard, peut-être en conséquence de sa foi et de son éducation. On sait qu’au début des années 90, il sera arrêté et condamné pour agression sexuelle sur mineur…

Ceci étant dit, nous n’y reviendrons pas et pour une simple raison : à aucun moment, cela n’influence pas directement sa musique, a contrario de Freddy Mercury ou de George Michaël. Et à part quelques tenues extravagantes vaguement « camp » sur scène (et tout le monde s’habillait ainsi dans les 70’s), notre petit Billy restait « straight ». Pourquoi donc le ressortir de l’oubli ? Parce qu’il était talentueux, contrairement au hasard à Bilal Hassani ou Mike Brant tiens. Il ne faut pas oublier les gens talentueux, du moins tant que ce monde existera (nous finirons comme les dinosaures de toute façon) et en attendant la fin, allons donc voir ce que ce brave Preston avait dans le ventre…

 

De Ray Charles aux Beatles

 Preston venait de la soul. Enfant prodige, on le voit en concert auprès de Ray Charles. Sa chance est de rencontrer les Beatles à Hambourg. Ces derniers l’appellent pour jouer avec eux en 1969. L’orgue hammond endiablé sur Get Back, plus cérémonieux sur Let It Be ou Something, c’est lui. Après la séparation, il va continuer de jouer avec eux et on le retrouve sur l’album de Lennon Plastic Ono Band ou celui de George Harrison, All Things Must Pass. Mieux encore, il va s’imposer chez la concurrence, les stones qui avaient recours depuis longtemps aux services de Nicky Hopkins (le rival de Preston quelque part). Mais c’est une autre histoire, qui visiblement coûtera cher à Preston qui se serait bien vu intégrer le groupe avant que Jagger n’y mette le holà en 1975…

En 1970, Billy Preston a signé chez Apple. Il n’y a pas à dire, les Beatles sont fidèles en amitié (cf Lennon avec Harry Nilsson) et aident toujours leurs potes à percer. Suite à sa participation à ce qui deviendra l’album Let It Be, notre organiste signe chez Apple et sort deux albums, et Encouraging Words. Que vaut donc ce dernier ?

 

Gonflé

A la production, on retrouve George Harrison qui se charge des guitares avec un vieil ami, Eric Clapton. On trouve aussi Ringo Starr à la batterie, Klaus Voorman (un vieux pote des Beatles de l’époque de Hambourg, ils sont fidèles je vous dis) et aussi Carl Radle et Jim Gordon, ossature du groupe Derek & the dominoes de Clapton. Tout ce beau monde a plaisir à jouer avec Billy Preston et ça s’entend. Le problème vient des chansons,  peu sortent du lot. Peu de mélodies accrocheuses (si, un gospel accrocheur, Sing One for the lord). Il y a des reprises et une sort carrément du lot : My Sweet Lord, dont Harrison fera un tube. La version de Preston est gorgée de soul, pleine d’énergie (on se croirait au temple) tandis que celle du Beatle est plus lancinante, plus calme, plus pop. Sur l’ensemble de l’album, rien à dire par contre sur le jeu de l’organiste, toujours excellent.

Après cet album, Preston quittera Apple et signera quelques tubes chez A&M. et puis il y a You are So Beautiful, qu’il écrit pour Joe Cocker (on entend cette version dans le film L’impasse du très surestimé De Palma). Session man accompli, il sombrera peu à peu dans la cocaïne et mourra en 2006. On se doit de réécouter ce musicien accompli (Miles Davis donnera son nom à un des morceaux de l’album Get up with it) et inspiré. Passons la parole à la concurrence : il est génial sur l’orgue de Shine a light sur Exile on Main street des stones.

Alors essayez cet album et écoutez ensuite le reste, Billy le valait et le vaut toujours bien.

 

 

Sylvain Bonnet

Billy Preston, Encouraging words, Apple, 1970

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.