Pussy Cats, une voix brisée

 

Les 70′s à bout de souffle

Revenir sur l’album Pussy Cats (je vous laisse traduire) d’Harry Nilsson revient à se plonger dans un autre monde, les années 70. Dans ces années-là, les rock stars des années 60, véritables demi-dieux, vivent sous cloche entre New York et Los Angeles, entre deux lignes de coke et des rasades de whisky et de vodka. C’est la vie des ex beatles John Lennon et Ringo Starr, riches à millions et loin, très loin des utopies 60’s. Lennon est par exemple en plein déclin musical depuis la fin du groupe. Si ces deux premiers albums sont truffés de pépites, ils marquent un net recul en termes d’ambition : c’est normal, Lennon a perdu son génie en perdant McCartney. Passé 1972 et le désastre de Sometimes in New York City et l’insuccès de Mind Games, Yoko Ono le quitte et il plonge dans l’alcool. C’est là qu’Harry Nilsson surgit et prend de l’importance dans sa vie.

 

L’homme à la voix d’or

Nilsson, c’est un peu un Peter pan qui aurait mal tourné. Il a commencé dans les années 60 par écrire des chansons, pour les groupes de Spector notamment, puis est devenu interprète. Il se fait déjà remarquer par les Beatles qui le citent dans leurs interviews comme « leur chanteur américain préféré ». Mais le drame de Nilsson, musicien très ambitieux qui refuse de donner des concerts, est de ne connaître des succès qu’avec des reprises  Everybody’s Talkin’ de Fred Neil en 1969, Without You de Badfinger (groupe signé sur Apple, le label des Beatles) en 1972. C’est dommage car l’homme est vraiment doué. Saluons par exemple Jump into the fire, sur l’album Nilsson Schmilsson, rock futé comme on ne sait plus les faire et que Scorsese récupérera pour son film Les affranchis (ce type n’est pas un grand cinéaste mais un super DJ). Nilsson est un artiste RCA, la maison de disques d’Elvis Presley, finalement peu défendu par eux. Là intervient la rencontre avec Lennon. Ce dernier s’amuse avec Harry dans des virées (très) alcoolisées. Plutôt sentimental, il apprend que RCA veut se débarrasser de lui. Il intervient alors en promettant de signer sur RCA s’ils gardent Nilsson. RCA accepte, Nilsson empoche une belle somme et Lennon bien sûr ne tiendra pas sa promesse, se contentant de produire Pussy Cats.

 

Des morceaux pachydermiques et un joyau

Pussy Cats rassemble la crème de la crème du rock de l’époque. On croise en studio Ringo Starr, Jim Keltner (batterie), Jesse Ed Davis (Guitare), Bokky Keys (le saxophoniste des stones), Keith Moon… Mais voilà, toute cette fine équipe est bien trop occupée à se défoncer plutôt qu’à jouer de la bonne musique. L’album commence par une reprise de Many Rivers to Cross de Jimmy Cliff très pataude, noyée sous l’écho, dernier souvenir du mur du son de Phil Spector. Idem pour Save the last dance for me ou Rock around the Clock. On entend une bande de potes qui se fait plaisir, tant mieux pour eux. Pendant les séances, Nilsson se blesse aux cordes vocales et perd sa voix d’ange (trois octaves quand même) au grand dam de Lennon. Pour se retrouver, il fait des blagues sur Loop de Loop… Mais n’est pas Lenny Bruce qui veut.

 Reste cependant un joyau, Don’t Forget Me, où il chante seul, avec juste un piano, peut-être enregistrée avant son accident. On comprend alors quel magnifique chanteur il aurait pu être. Don’t Forget Me, on a envie de l’écouter avec une belle fille dans les bras, juste comme ça, en pleine nuit après l’amour. Ou quand elle est partie, pour se rappeler ce qu’on a perdu. À plus tard Harry, on ne retient au final que les bonnes chansons et Don’t Forget Me en est une. Chers amis, essayez donc Harry Nilsson, vous ne le regretterez pas.

 

Harry Nilsson, Pussy Cats, 1974

Sylvain Bonnet

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.