Un été d’espoir et de sang, la fin des illusions

Un témoin de premier ordre de la Révolution

Pierre-Louis Roederer participa en tant que député à la constituante aux premiers temps de la Révolution. Partisan d’une monarchie constitutionnelle, il voit peu à peu ses amis feuillants, dont La Fayette, débordés sur leur gauche par les jacobins. Roederer est celui qui ira chercher le roi aux Tuileries pour l’emmener avec sa famille se réfugier auprès de l’assemblée législative, tandis que les gardes suisses se feront massacrer par la foule révolutionnaire. On retrouvera ensuite Roederer pendant le consulat et jusque sous la monarchie de Juillet. Thierry Lentz, grand spécialiste de la période napoléonienne, déjà auteur d’une biographie de Roederer (Editions Serpentine, 1989), publie ici une nouvelle édition du récit des évènements de 1792, chronique de 50 jours publié en 1832, sous le titre Un été d’espoir et de sang.

Le récit d’un effondrement

Avec ce livre, Roederer raconte comment la Révolution s’emballe et bascule vers la Terreur (le pire viendra en 1793-1794). On voit un Etat faible doté d’un Roi en plein double jeu et qui joue la politique du pire (selon lui) en nommant des ministres girondins dont il bloque la politique. On voit aussi combien les jacobins excitent l’opinion par des déclarations pleine de provocation et de violence. Modéré dans l’âme, Roederer voit son rêve « déraper » (mais est-ce qu’il y eut vraiment dérapage ? Non selon Patrice Gueniffey et d’autres). Il sous-estime pourtant dans son récit le rôle joué par Danton. Le sommet du pathétique est cependant atteint lorsqu’il raconte comment il a mené le roi et sa famille à l’assemblée. Louis XVI, qui avait des qualités, se laisse ici porter par les évènements sur lesquels il n’a, au fond, jamais cherché à avoir prise (ou alors à contre-temps). Un été d’espoir et de sang n’est rien d’autre que le récit d’une France qui sombre dans le chaos. A méditer.

 

 

Sylvain Bonnet

Pierre-Louis Roederer, Un été d’espoir et de sang, Présentation et notes de Thierry Lentz, Perrin, mai 2019, 432 pages, 25 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.