La Wehrmacht, la fin d’un mythe

 

Rétablir les faits

Wehrmarcht la fin d’un mythe est un ouvrage publié par les éditions Perrin et constitué en grande partie dans la revue Guerres et histoire. Aux commandes de ce livre, on retrouve le désormais incontournable Jean Lopez, auteur d’ouvrages sur la guerre à l’est, largement ignoré par l’historiographie française pendant une trentaine d’années. Ici, Lopez s’attaque au mythe de la légendaire supériorité allemande, propagée pendant la guerre froide par des généraux allemands désireux de « valoriser » leur savoir-faire et qui occultaient bien sûr leur participation à la Shoah.

 

Un superbe outil de moins en moins performant

 

Nul ne cherche ici à tomber dans l’excès inverse, c’est-à-dire à diminuer les mérites tactiques de l’armée allemande. Sur un gigantesque coup de dé stratégique, elle réussit à battre l’armée française en huit semaines en 1940, celle-là même qui l’avait tenu en échec puis battu en 1918. Les nazis gagnent parce qu’ils maîtrisent mieux le combat interarmes que les français et qu’ils utilisent mieux leurs chars. Ils répéteront leur succès en 1941 dans les Balkans. Mais la Wehrmacht souffre d’une logistique défaillante et aussi d’une industrie qui peine à produire en série. Et les pertes face aux soviétiques, des soldats et des officiers expérimentés, en 1941-42, ne seront jamais comblées.

 

 

Il n’y a pas de dieux de la guerre…

 

Le soldat allemand se bat jusqu’au bout mais de moins en moins bien et selon l’adversaire. A l’ouest, les soldats se rendent au printemps 1945 massivement aux alliés occidentaux tandis qu’ils se battent avec acharnement face aux soviétiques. Sur le plan de la doctrine, on notera avec Jean Lopez et son équipe que les stratèges allemands sont prisonniers du syndrome de la bataille de Cannes : une bataille décisive d’anéantissement par enveloppement par les ailes, adaptée à la position géographique centrale de l’Allemagne, condamnée à une guerre sur deux fronts. Par d’art opératif chez eux, adapté il est vrai à la Russie, à son espace et ses ressources immenses. Voici un beau livre, clair, avec cartes, schémas et infographie qui permettent d’avoir une image plus juste de l’armée allemande de la seconde guerre mondiale.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Jean Lopez (sous la direction de), Wehrmacht la fin d’un mythe, Perrin, novembre 2019, 448 pages, 35 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.