Le chef du contre-espionnage nazi parle, à l’intérieur du IIIe Reich

Un témoin de premier plan

 

Qui était au juste Walter Schellenberg ? Un avocat, sarrois d’origine, recruté par les nazis après leur prise de pouvoir. Membre du SD, le service de renseignement de la SS, Schellenberg est pragmatique, ambitieux et intelligent, selon la description de Clément Tibère. Il devient un des as du renseignement allemand, spécialisé dans les coups tordus (on le charge de préparer par exemple le kidnapping du duc et de la duchesse de Windsor) et le contre-espionnage. Bien vu par Heydrich et Himmler, il est impliqué dans la préparation de Barbarossa et bien sûr dans la solution finale. Schellenberg échappe à une condamnation lourde et ne fait que six ans de prison. Souffrant du foie, il est libéré en 1950 et écrit ses mémoires, publiées après sa mort. L’intérêt du texte est simple : Schellenberg travaille au cœur de la « boite de scorpions du IIIe Reich ».

 

Un texte sans émotions

 

Schellenberg ne parle pas de lui et fait commencer directement ses mémoires en 1933. De son enfance, nous ne connaîtrons rien. L’homme ne s’épanche pas, parle peu des siens. Il raconte son travail quotidien (il est passionné par ce qu’il fait), ses rencontres avec Heydrich, Himmler et Hitler bien sûr. On découvre avec grand intérêt son chapitre sur l’affaire Cicéron (dont la matière a donné un excellent film de Mankiewicz avec Danielle Darrieux er James Mason) où Schellenberg d’une part note la qualité des renseignements transmis et d’autre part se demande si les services secrets turcs n’étaient pas derrière tout ça : on renvoie à la synthèse de François Kersaudy, L’affaire Cicéron. On découvre aussi ses efforts pour arriver à une paix séparée, ses intrigues en Suède, son implication dans la libération de quelques prisonniers juifs des camps : pas d’émotion, juste du calcul. Glaçant. En tout cas, c’est vraiment un document unique et inestimable.

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Walter Schellenberg, Le chef du contre-espionnage nazi parle, préface et notes de Clément Tibère, Perrin, avril 2019, 448 pages, 24 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.