Le Mans 66

24 heures chrono

L’épopée de Caroll Shelby et du pilote Ken Miles partis à la conquête des 24 heures du Mans sous la férule du tout puissant Henri Ford II.

Le cinéma américain raffole de ces sagas victorieuses issues de l’Histoire nationale, succès militaires, culturels ou sportifs, affichant au monde la suprématie dont le pays se vante tant. James Mangold est quant à lui, un cinéaste friand de personnages autodestructeurs, s’affranchissant de l’adversité au prix de sacrifices souvent ultimes. Sans être forcément génial, le cinéaste a accouché de quelques jolis succès par le passé, Copland, Walk the line, 3h10 to Yuma et bien entendu Logan, film de super-héros décomplexé, rasant les bases mêmes du média.

Mangold s’attaque ici à la fameuse course des 24 heures du Mans de 1966, qui vit la rivalité entre les constructeurs Ferrari et Ford, être portée à son paroxysme. Pour conter cette tranche majeure de l’histoire du sport automobile, Mangold retrace le parcours et l’amitié entre Caroll Shelby, ex coureur automobile devenu entrepreneur puis chef de projet et Ken Miles, alors incapable de faire décoller au plus haut niveau sa carrière en qualité de pilote. Une fois de plus, Mangold va s’évertuer à peindre la quête farouche de deux hommes qui ont ou vont tout sacrifier à leur rêve. Le personnage de Ken Miles brillamment interprété par Christian Bale entre dans le schéma cher au cinéaste. Athlète et mécanicien hors pair, le britannique est pourtant incapable de convaincre, la faute en incombe à un caractère bien trempé…ou plutôt invivable.

Mangold s’emploie alors à faire vivre aux spectateurs cette course dans la course, menant tambour battant ses protagonistes sur la route de la gloire écartant leurs rivaux les uns après les autres. Pourtant, après un Logan vraiment réussi, le metteur en scène ne parvient pas à s’affranchir de moult travers formels, à commencer par une narration alambiquée qu’il n’arrive jamais à faire décoller. Le film se veut une fresque ambitieuse mais affiche rapidement ses limites, ennuyant même parfois le chaland, la durée assez longue finit par agacer invariablement. En outre, il est fort regrettable que le réalisateur ne se soit pas plus attarder sur l’affrontement industriel des deux mastodontes sus cités, se focalisant beaucoup sur ses ingénieux personnages, mais délaissant malheureusement la confrontation entre les deux puissances de l’univers automobile.

Cependant, le film sort de sa torpeur grâce notamment à l’énergie employée par les deux comparses aussi bien dans leur recherche de la perfection que dans leur lutte contre des bureaucrates bien plus dangereux que leurs rivaux. La caméra de Mangold virevolte alors pour suivre ces aller-retours à corps mécanique déployé.

Manquant d’élégance et surtout de la finesse mélancolique qui traversait Logan voire Walk the line, Le Mans 66 distrait à défaut de plaire et se plie aux contraintes classiques des studios. Contrairement aux velléités rebelles de ses protagonistes, le long-métrage n’échappe pas au cahier des charges malgré des soubresauts sympathiques à défaut d’être épiques.

Film américain de James Mangold avec Matt Damon, Christian Bale. Durée 2h32. Sortie le 13 novembre 2019

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre