Les lys et la République, le dernier des princes

 

Un personnage paradoxal

La figure singulière du comte de Chambord (1820-1883), dernier prétendant légitimiste indiscutable, dont le refus du drapeau tricolore contribua à engendrer la IIIe République, a fait l’objet d’un colloque le 10 juin 2013 sous la direction d’Emmanuel de Waresquiel. Ce dernier est connu pour ses biographies magistrales de Talleyrand (Fayard, 2003) et de Fouché (Tallandier, 2014). Enfant du miracle à sa naissance en 1820, celui qui aurait dû être Henri V n’a jamais régné en France. Et pourtant il a laissé une trace manifeste dans l’histoire de France.

 

Un jeune homme populaire

 

Sa naissance, comme l’analyse très bien Corinne Legoy, fut une occasion de réjouissances et de nombreuses chansons populaires qui n’avaient pour but que de conjurer la menace pesant sur dynastie des Bourbons après l’assassinat du duc de Berry. Héritier désigné, il suit son grand-père Charles X en exil. De fait, il ne reverra pas la France avant 1871 mais on ne peut en dire autant des français : un véritable culte fait de sa résidence de Froshdorf en Autriche un lieu de pèlerinage pour nombre de légitimistes. De plus, il élabore un projet politique aux antipodes de l’orléanisme de ses cousins, plus populaire et plus « social », préfiguration des idées d’Albert de Mun. Alors pourquoi l’échec final ?

 

Un des fondateurs de la République, bien malgré lui

 

En 1871 c’est la chance de sa vie comme le décrit bien Daniel de Montplaisir : l’assemblée élue en février pour faire la paix avec l’Allemagne est de majorité royaliste et les légitimistes forment le groupe le plus nombreux. Les lois d’exil sont abrogées et le comte de Chambord revient en France. Lui qui n’a pu empêcher Guillaume II d’imposer des conditions draconiennes de Francfort (Jean-Paul Bled) voit cependant la Restauration à portée de main. Et pourtant elle n’aura pas lieu. Malgré l’accord avec le comte de Paris, Chambord répugne aux combinaisons parlementaires. S’il se raccroche au drapeau blanc, c’est parce qu’il y voit le symbole d’une monarchie providentialiste, catholique. Eric Anceau raconte avec maestria l’échec final. Une tête plus politique, comme celle de son illustre aïeul Henri IV, et un contexte compliqué ont fait échouer la dernière tentative sérieuse de restauration monarchique. Reste la trace d’un prince romantique.

 

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Emmanuel de Waresquiel (sous la direction de), Les Lys et la République, Tallandier, juin 2015, 268 pages, 20,50 €

 

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.