La guerre du désert, retour à Tobrouk et El-Alamein

 

L’ignorance, la légende et l’Histoire

Que retient le grand public des combats livrés en Afrique du Nord ? Peu de choses, le débarquement en Normandie occulte tous les autres évènements, mis à part la défaite de 1940 et la Shoah. Certains sont toujours sensibles à la légende de Rommel et de son AfrikaKorps, de la « guerre sans haine » menée là-bas selon les thuriféraires du maréchal préféré d’Hitler. Cet ouvrage collectif (à la tête duquel on retrouve l’excellent Olivier Wierviorka, auteur d’une remarquable histoire du débarquement en Normandie) sorti au printemps 2019 donne l’occasion d’un panorama beaucoup plus nuancé de trois années de combats acharnés.

Les mythes ont la vie dure

Et on découvre que cette guerre fut une vraie guerre, avec peu de gestes chevaleresques. Si on est loin de la violence paroxystique du front de l’est, les armées allemandes et italiennes firent preuve d’une certaine férocité. Les italiens, vus longtemps comme de « braves types » par l’historiographie, se montrèrent très combatifs et traitèrent les prisonniers alliés avec dureté, les internant dans des camps qui furent souvent des mouroirs. Quant aux populations civiles, Eric Jennings rappelle très justement qu’elles vivaient dans un cadre colonial et que ce cadre se détériora durant la guerre. C’est aussi pour elles un moment où elles se révoltent contre leurs conditions de vie comme en Algérie ou en Tunisie, préludes aux futurs conflits de la décolonisation.

Des chefs

Olivier Wieviorka revient sur les chefs militaires et particulièrement sur Rommel, déifié par la propagande de Goebbels… et celle des alliés. S’il apparaît comme un très bon tacticien, il se révèle mauvais stratège : ses instructions initiales étaient de contenir les anglais, non de prendre le Caire : l’Afrique du nord intéressait peu Hitler. D’une manière générale, tous les officiers « apprennent » à faire la guerre du désert, différente de celle pratiquée en Europe, ne serait-ce qu’à cause des conditions climatiques et des distances parcourues qui compliquent le ravitaillement.  Du côté anglais, Wavell et Auchinleck n’ont pas forcément démérité : leur tâche était compliquée déjà par la gestion des relations entre contingents britanniques, indiens et des dominions. Par contre, ils négligèrent l’entraînement, qu’améliora très sensiblement Montgomery avant la bataille d’El-Alamein. L’Afrique du Nord fut un théâtre secondaire qui prit de l’importance presque « par accident », en particulier à cause des communications et du canal de Suez. Cet ouvrage permet en tout cas de mieux comprendre sa place dans le second conflit mondial.

Sylvain Bonnet

Nicola Labanca & Olivier Wierviorka & David Reynolds (sous la direction de), La guerre du désert, Perrin, mars 2019, 352 pages, 23 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.