Star Wars: L’ascension de Skywalker

La fin d’une étoile

La conclusion de la saga consacrée aux Skywalker et leur lutte avec le redoutable empereur Palpatine.

Rarement un film n’aura déchaîné autant les passions et surtout suscité des messages de haine que Les derniers jedi de Rian Johnson, opus précédent cette Ascension de Skywalker. La volonté de démythifier la célèbre saga et surtout de se reposer sur d’autres bases que les écrits de Joseph Campbell a désarçonné bon nombre de personnes. Les fans de la première heure crièrent alors à l’hérésie, au crime de lèse-majesté, reprochant à Johnson de salir un dogme immuable, de transformer la franchise en produit marketing Disney et de développer des arguments scénaristiques fallacieux et sans fondement. Rarement une œuvre n’aura subi un tel diktat de la part d’une communauté…

Pour répondre aux attaques parfois limites sur le travail de Johnson, il faut souligner d’une part l’abandon d’un manichéisme de pacotille (Johnson suit la ligne directrice de Rogue One en ce sens), que la franchise a toujours relevé du produit marketing (mis à part l’Empire contre-attaque) et que le metteur en scène a décelé les véritables écueils qui jalonnaient jusque là les volets antérieurs. Surtout au moment de poser les enjeux dramatiques, le cinéaste faisait preuve d’un véritable talent pour exprimer le lyrisme ambiant au contraire d’un Lucas, adepte d’une mièvrerie insupportable, véritable marque de fabrique chez le bonhomme. Enfin, les critiques acerbes à l’encontre d’Adam Driver étonnent les cinéphiles quand on regarde de plus près la filmographie de l’acteur passé, excusez du peu chez Jim Jarmusch, Les frères Cohen, Steven Soderbergh ou encore Noah Baumbach…

En sortant des sentiers battus et du formatage qu’on lui reproche trop souvent, Disney s’est donc fait raillé, sans doute injustement. La mise en place de cette conclusion relevait tout aussi bien de la gageure que du suicide artistique. Il fallait contenter les fans, effacer l’épisode 8 des mémoires pour l’image de la marque, remplacer au pied de la lettre un cinéaste, et changer en catastrophe un scénario plombé par la mort de Carrie Fisher… Entretemps, le film Solo, lamentable préquelle soit dit en passant, a fait chou blanc au box office. En revanche, depuis quelques semaines, la série The mandalorian, véritable usine à fan service à la qualité toute relative, inspirée de Lone Wolf and Cub sans en retirer la puissance du substrat, cartonne et a redonné espoir à des hordes d’admirateurs quant au devenir de leur saga.

Il n’est donc point étonnant que ce soit J.J Abrams qui ait été appelé en tant que sauveur de la patrie, adepte lui-même de ce souffle nostalgique et de cette continuité que le public aime tant. Avec cet épisode 9, la tâche est ardue pour redonner goût aux uns et aux autres, il faut donc raser les soit disant mauvaises herbes plantées par Johnson pour se replonger dans un archaïsme peut être salvateur financièrement mais en aucun cas artistiquement. Par le passé, son attrait pour les séries d’antan a engendré des long-métrages d’honnête artisan (Star Trek, Le réveil de la force), à défaut d’accoucher d’une révolution sur le fond et sur la forme.

Ici, il n’a qu’une seule obsession, celle ad nauseam, de détruire complètement l’œuvre de son prédécesseur. Malgré quelques idées intéressantes (reprises d’ailleurs en partie de Johnson) notamment dans la mise en scène de la relation Ren/Rey, Abrams fait systématiquement table rase et contredit pour la bonne cause selon lui, toute l’entreprise de Rian Johnson. Usant jusqu’à la corde de toutes les ficelles appréciées de la communauté, Abrams enchaîne les scènes spectaculaires sans poser les bonnes questions, apportant des réponses alors que le non-dit suggère bien plus d’émotion, ne respecte jamais un quelconque découpage logique et ne prend point le temps d’établir de véritables enjeux. Mais l’honneur est sauf selon lui, car l’historique et le semblant d’authenticité de l’univers est respecté…Pis encore, là où Johnson affichait une réelle maîtrise des quelques moments lyriques, Abrams s’embourbe dans un sentimentalisme mielleux, avant de clore sur une image redondante ici très malvenue.

A l’arrivée, Star Wars : l’ascension de Skywalker n’est pas seulement un film médiocre, il est surtout un film malade, fruit pourri à la fois par des spectateurs mécontents et par un studio ayant refusé de mourir avec ses idées. Le temps réhabilitera peut être Les derniers jedi. Surtout, il permettra peut être aux uns et aux autres de prendre le recul nécessaire pour apprécier l’essentiel…

Film américain de J.J Abrams avec Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac. Durée 2h22. Sortie le 18 décembre 2019

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre