Crois ou meurs! maudire la Révolution?

Chercheur et polémiste iconoclaste

Ancien directeur de recherche au CNRS, Claude Quétel a beaucoup publié durant sa vie d’historien, principalement des ouvrages autour de la période de l’ancien régime et de la seconde guerre mondiale. Récemment il a signé pour le compte des éditions Perrin une histoire de la France en 365 dates (Perrin, 2018) qui avait le mérite de réhabiliter la chronologie. Crois ou meurs, sous-titrée « histoire incorrecte de la Révolution française », est un essai publié aux éditions Tallandier avec une ambition claire : raconter une histoire de la Révolution hors de toute hagiographie.

 

Un travail déjà largement effectué

Il convient de signaler ici que d’autres historiens ont déjà eu cette ambition. Au XIXe siècle, Edgar Quinet avait critiqué la « geste révolutionnaire » tout en sauvegardant des débuts enthousiasmants. Au XXe siècle, François Furet et ses disciples ont poursuivi ce travail. Claude Quétel le sait et signale au fil des pages sa dette envers eux (ainsi qu’à Hippolyte Taine). Mais il va plus loin : pour lui, la Révolution est « un désolant gâchis ». Il ne sépare pas 1789 de 1793, contrairement à Furet. Au fond, on en aurait pu s’en passer de cette Révolution…

 

Un ouvrage polémique

Existe encore de « l’historiquement correct », dénoncé par Quétel ? Rappelons que l’institut d’histoire de la Révolution, qui a si longtemps enseigné la doxa de L’historiographie marxiste et prorévolutionnaire, a été récemment intégré à l’UFR d’histoire moderne et contemporaine de Paris I. Si certains font encore une lecture politique et partisane de l’évènement (citons Alexis Corbière et son récent Jacobins !), ce sont plus des historiens issus d’une école « critique » comme Patrice Gueniffey qui tiennent désormais le haut du pavé. Quant à la Révolution elle-même, un historien ne doit pas se poser la question du pour ou du contre, l’évènement a eu lieu, point. Le récit évènementiel proposé par Quétel n’est pas mauvais. Reconnaissons aussi que c’est plutôt bien écrit. Mais il est partial. Il connaît mais sous-estime le poids des blocages français des années 1780, néglige l’impact des révolutions américaines mais aussi « brabançonne » et néerlandaise. Surtout, il minore le poids de l’évènement. Les révolutionnaires font face à une succession d’évènements auxquels ils réagissent sans savoir où ils vont (contrairement à nous). On sera d’accord sur un point : les indécisions de Louis XVI, roi si peu politique, ont beaucoup pesé. Même un Louis XV aurait su mieux réagir…

À lire, avec un œil critique.

 

 

Sylvain Bonnet

Claude Quétel, Crois ou meurs !, Tallandier, octobre 2019, 507 pages, 21,90 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.