En avant

 Fantasia

 

Au cœur d’un monde imaginaire, deux jeunes elfes s’extirpent de leur quotidien et se mettent en quête d’un pouvoir mystérieux, renouant avec l’essence magique de leur univers.

Le long-métrage Excalibur de John Boorman évoquait la fin des dieux multiples au profit du dieu unique mais surtout fêtait l’avènement de l’Homme, faisant fi du mysticisme d’autrefois. Même chose pour Tolkien et Peter Jackson, quand «le retour du roi » sonnait le glas des vieilles puissances et annonçait le déclin définitif des dominances tutélaires millénaires, cédant leur place à l’Humanité encore une fois. La victoire également d’une forme de logique, d’une autre civilisation sur de vieilles traditions.

Dans le nouveau film du studio Pixar, Dan Scalon emprunte le même chemin dans une exposition rondement menée ; ouvrant par une plongée et une contre plongée dans un univers de Fantasy classique, il transpose ses personnages féeriques dans un réceptacle contemporain identique au notre. Si elfes, dragons ou centaures remplacent ici les hommes, ils usent pourtant des mêmes us, coutumes voire technologies que nous connaissons actuellement. L’usage de personnages haut en couleur, décalés et en décalage avec le monde est devenu l’apanage du studio, il en va de même pour ce En avant.

Reprenant les codes de l’Heroic Fantasy classique, décrits aussi bien chez Tolkien que dans le jeu de rôle Donjons et Dragons, En avant nous conte un récit d’apprentissage on ne peut plus classique, avec des ressorts dramatiques que certains qualifieront d’éculés, et portant un discours maintes fois vus.

Pourtant, passé cette impression quelque peu désagréable, le long-métrage de Scalon sort de sa torpeur et se farde d’un apparat bien plus flatteur. Débordant d’une énergie juvénile, En avant n’invente pas, n’innove pas mais pourtant enchante tout du long de ce faux road-movie, se joue des codes de la pop culture sans les transgresser et se met au service d’un message porté sur les relations si fragiles, si complexes entre des individus avec leur environnement, leur histoire, leur mémoire collective. L’appel de l’aventure chère à Joseph Campbell fait encore des adeptes mais renvoie chacun à d’autres fondamentaux, d’autres priorités. Se soustraire à l’essentiel revient à chercher ailleurs un salut inexistant, puisque l’essentiel justement se trouve sous nos yeux embués par un mirage permanent.

Au cours de cet exercice, Dan Scalon tire admirablement son épingle du jeu, évitant le travail honnête mais sans saveur trop souvent reproché sur bon nombre de productions, y compris pour son essai sympathique mais inabouti sur Monsters Academy. En avant dénote par séquences d’une mise en scène allant au-delà de l’efficacité éprouvée pour retrouver ce qui symbolise la magie du studio qui a engendré Les Indestructibles, Toy Story ou Wall-E. La scène durant laquelle Ian improvise un dialogue improbable avec son père défunt à l’aide d’un vieil enregistrement démontre un véritable savoir-faire chez le cinéaste.

Jamais ennuyeux, En avant puise sa force dans les fondements classiques de ses aînés et en suivant à l’iota près la politique du studio. Faux film d’aventures mais véritable conte initiatique, le film ravit au fur et à mesure qu’il pose ses marques, modestes et discrètes sans faire dans l’excès ou le superflu. A défaut d’accoucher d’un chef-d’œuvre ou d’un classique instantané, Scalon fait preuve de suffisamment d’humilité et de passion pour plaire le temps d’une virée en van.

Film d’animation de Dan Scalon avec les voix originales de Tom Holland, Chriss Pratt, Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer. Durée 1h40. Sortie le 4 mars 2020

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre