Histoire de l’Afrique du Sud, un pays riche et tragique

Un pays largement méconnu

Professeur à l’université d’Aix-Marseille, Gilles Teulié est un spécialiste de l’Afrique du Sud, particulièrement intéressé par les prémices et la mise en place du système d’apartheid. Cet ouvrage vise à présenter au public francophone l’histoire d’un pays finalement largement méconnu bien qu’il fasse partie du groupe des BRICS qui remet en cause la domination des pays du G8 sur les affaires du monde.

 

Des origines diverses

Contrairement à une vulgate longtemps entretenue par les afrikaners, le pays qui allait devenir l’Afrique du Sud n’était pas vide d’hommes à l’arrivée des européens. Il y avait de nombreux peuples menant une agriculture notamment pastorale qui vivaient là et l’archéologie l’a démontré. Soulignons aussi que ce furent les portugais qui passèrent les premiers par ce qui allait devenir la ville du Cap. L’arrivée des européens se fait par la création du comptoir du Cap, fondé par la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Un comptoir qui sert juste aux escales vers l’Indonésie et l’Inde. Mais bientôt naît l’idée d’une installation pérenne, d’une colonie de peuplement que viennent renforcer des Huguenots chassés par la révocation de l’édit de Nantes en 1685 : si l’usage de la langue française disparaît au milieu du XIXe siècle, ¼ des afrikaners portent des noms à consonnance française. Tous en tout cas sont calvinistes, persuadés d’être un peuple élu par Dieu pour aménager le pays, nouvelle terre promise. Certains auront des enfants avec des femmes noires mais quoique parlant l’afrikaner et pratiquant le calvinisme, ils ne font pas partie du peuple élu… La prise de possession par les britanniques de la colonie du Cap provoque à terme le grand Trek des afrikaners vers le nord. Ils fondent des républiques plus ou moins indépendantes, alliées des anglais contre les Zoulous avant de devenir leurs adversaires : c’est la guerre des Boers.

 

L’exclusion des noirs

Gilles Teulié montre bien que les noirs furent les dupes de cette guerre car si les afrikaners perdent militairement, ils ne tardent pas à gagner politiquement, conquérant le pouvoir dans ce qui devient un dominion de plus en plus autonome par rapport à Londres. Les lois d’exclusion des noirs du suffrage se mettent en place (la dernière province à les adopter est celle du Cap). On connaissait moins bien l’attraction exercée par le nazisme sur certains afrikaners durant les années 30… Après la victoire des alliés, l’Afrique du Sud parachève l’apartheid et réserve l’exercice de la démocratie aux seuls blancs. Si le système est démantelé au début des années 90, il a en tout cas été toléré par les démocraties occidentales au nom de la guerre froide et du profit : les mines ont fait la richesse du pouvoir de Prétoria. Aujourd’hui, si l’Afrique du Sud est une vraie démocratie (grâce à Mandela et de Klerk), des problèmes demeurent : 70 pour cent des terres agricoles sont encore détenues par des blancs. S’il est évident que le pays doit éviter de se priver de spécialistes et éviter un effondrement agricole comme l’a connu le Zimbabwe, une réforme agraire apparaît nécessaire. Ce n’est pas le moindre des défis que l’avenir réserve à ce pays, dont on craint qu’il soit durement frappé par l’épidémie actuelle de coronavirus… Voici en tout cas une très bonne synthèse, vivante et claire.

           

 

Sylvain Bonnet

Gilles Teulié, Histoire de l’Afrique du sud, Tallandier, mai 2019, 413 pages, 22,90 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.