Trois femmes, l’art de l’épistolière

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Les femmes au XVIIIe siècle

 

Après des études à Paris I et à l’institut d’histoire de la Révolution française, Cécile Berly s’est imposée comme une spécialiste du XVIIIe siècle. Elle a publié notamment La Reine scandaleuse : Idées reçues sur Marie-Antoinette (Le cavalier bleu, 2012) et Le Versailles de Marie-Antoinette (Château de Versailles/Artlys, 2016). On lui doit aussi une édition des Lettres de Madame de Pompadour, sorti chez Perrin en 2014. En 2018, elle a également publié chez Perrin Les femmes de Louis XV où elle se proposait de revenir sur la relation singulière entretenue par le bien-aimé avec le beau sexe. Intervenante régulière dans les émissions de Stéphane Bern, elle se propose ici de revenir sur trois femmes épistolières aux destins très différents.

 

Trois parcours

 

On trouve d’abord madame Du Deffand, ancienne maîtresse du Régent (il en eut beaucoup) et amie de Voltaire. Elle tient un salon parisien très réputé et écrit des lettres à ses amis pour fuir l’ennui, lettres destinées à être lues en public. Cécile Berly s’intéresse ensuite à Manon Roland, femme du ministre Girondin du même nom. Grande intellectuelle, Manon écrit des lettres destinées à être lues par des partisans de la Révolution. Passionnée par l’histoire et pénétrée de références antiques – elle se voit comme une romaine -, Manon Roland mourra sur l’échafaud. Elisabeth Vigée Le Brun, peintre de talent à qui on doit les plus célèbres portraits de Marie-Antoinette, écrit quant à elle pour prolonger son expérience de peintre et aussi coucher ses souvenirs de la société d’Ancien Régime, celle de la « douceur de vivre » si chère à Talleyrand.

 

 

L’écriture au féminin

 

Il faudrait faire preuve d’une grande mauvaise foi misogyne pour ne pas reconnaître que ces trois femmes avaient du talent. Elles écrivent un très bon français classique, hérité du Grand Siècle, celui de Louis XIV pour lequel madame Du Deffand éprouve une grande admiration. Ces lettres sont à la fois pleines de raison et de sentiment. Madame Du Deffand est amoureuse du bel esprit mais refuse toute effusion, tout amour… Jusqu’à sa rencontre avec Horace Walpole dans les années 1760 dont elle tombe sur le tard amoureuse. Les lettres de la future Manon Roland dévoilent une intelligence en mouvement, passionnément révolutionnaire (mais sans complaisances devant les massacres de septembre) mais la voilà bientôt amoureuse du beau Buzot. Quant à Elisabeth Vigée Le Brun, elle peint avec des mots le temps qui passe. Cantonnée dans la sphère intime, les femmes ont investi le genre épistolier au XVIIIe siècle. Ces trois-là en on fait une véritable œuvre que ce bel ouvrage de Cécile Berly nous présente avec acuité et talent.

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

~Cécile Berly, Trois femmes, Passés composés, mars 2020, 192 pages, 17 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.