Les crises d’Orient, les origines d’une poudrière

Un spécialiste du monde arabe

Arabisant, Henry Laurens est titulaire depuis 2003 de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France. On lui doit de nombreux ouvrages qui ont fait date dont L’expédition d’Egypte (Armand Colin, 1989), Paix et guerre au Moyen-Orient (Armand Colin, 1999) ou les quatre volumes de La question de Palestine parues chez Fayard entre 1999 et 2015. Le premier volume des crises d’Orient est paru chez Fayard en 2017, consacré à la période 1768-1914, le second intitulé « La naissance du Moyen-Orient » est consacré lui aux années 1914-1949.

 

La naissance des Etats arabes…

Henry Laurens connaît excellemment son sujet. Il réussit à rendre limpide le récit de ces années cruciales qui voit l’effondrement de l’Empire Ottoman, le génocide arménien, la fameuse déclaration Balfour et la chimère du grand royaume arabe. On voit Fayçal, le futur roi d’Irak, se démener en Europe et au Proche-Orient pour obtenir ce fameux royaume promis : les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Cette époque est celle des mandats donnés par la SDN à la France et à la Grande-Bretagne pour bâtir les futurs états syriens et libanais pour l’une, l’Irak, la Jordanie pour l’autre. On y découvre les origines de la frontière syro-irakienne, née en partie des accords Sykes-Picot et bafouée en 2014-2016 par Daech.

Mais quid de la Palestine ???

 

Et de l’état d’Israël

Occupés à se chamailler avec leurs rivaux anglais, les français se désintéressent de la Palestine et de la formation du Yishouv, le foyer national juif. Quant aux britanniques, ils réalisent vite que leur double jeu leur a fait hériter d’une situation inextricable qui les poussent à augmenter leur engagement militaire en Palestine à un moment (les années 20) où ils cherchent à les réduire. Cela ne s’arrangera pas pendant les années 30 où l’agitation arabe poussera Londres à limiter puis interdire l’immigration juive au moment de la montée du péril nazi. Après-guerre, Ben Gourion se servira de la question des réfugiés juifs pour porter la question palestinienne devant l’ONU (avec le soutien de Staline !) et faire naître Israël. On notera un ton critique de Laurens envers l’Etat juif, c’est son droit mais rappelons que les Etats Arabes se moquaient de la Palestine, n’y voyant que des territoires à annexer. Cette synthèse n’en reste pas moins très stimulante.

 

 

Sylvain Bonnet

Henry Laurens, les crises d’orient 2  : la naissance du Moyen-Orient Fayard, février 2019, 544 pages, 22 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.