Ils étaient juifs, résistants, communistes : une histoire à découvrir

 

Spécialiste du génocide juif et du communisme français, Annette Wieviorka a publié de nombreux ouvrages de référence comme A l’intérieur du camp de Drancy (Perrin, 2012) ou Nouvelles perspectives sur la Shoah (PUF, 2013). On la connait aussi comme l’auteure d’une biographie majeure du couple Thorez (Fayard, 2010) qui lui a fourni l’occasion d’analyser en profondeur le fonctionnement du PCF. Avec Ils étaient juifs, résistants, communistes, nous avons affaire à la réédition d’un ouvrage publié en 1986 chez Denoël, lorsque beaucoup d’acteurs étaient encore en vie, que l’historienne a non seulement actualisé mais surtout réécrit.

 

 

Une histoire mise de côté

 

Il s’agit ici essentiellement de l’histoire de ces jeunes gens, juifs et étrangers, qui ont fait le choix du communisme et de la résistance durant la guerre, principalement au sein de la Main d’œuvre Immigrée (MOI). Ils ont été rendus fameux par l’histoire de l’affiche rouge, la bande à Manouchian fusillée par les allemands et dont Robert Guédiguian a tiré un film, l’armée du crime, en 2009. Le PCF a recruté massivement parmi ces jeunes, parmi lesquels on trouvait bon nombre d’enfants de Belleville et qui ont payé un lourd tribut. Pour quelle efficacité ? Assez faible, si on suit Franck Liaigre qui a consacré un ouvrage sur les FTP en 2015.

 

La conjugaison des identités

 

Une histoire enfouie donc, aujourd’hui inaudible quand on sait combien l’URSS utilisa l’antisémitisme au moment du complot des blouses blanches, comment Gomulka organisa une campagne « antisioniste » en Pologne dans les années 60, etc… Pourtant, à cette époque, les jeunes juifs immigrés à Paris voient dans l’URSS, même à l’époque du pacte germano-soviétique, le paradis socialiste. Ils conjuguent leurs origines juives et leur foi socialiste sans problème, prêts au sacrifice… même s’ils cherchent aussi parfois à s’amuser, à profiter de leur jeunesse, à aimer aussi… une minorité en a réchappé, certains noms sont connus (par exemple celui d’Henri Krasucki, futur patron de la CGT dans les années 80) et on les a oubliés, le parti n’a rien fait, ou si peu, pour les célébrer ou les promouvoir. Ce livre passionnant est l’occasion rêvée de comprendre leur histoire.

 

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Perrin, août 2018, 432 pages, 25 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.