Isabelle de France, une femme de pouvoir

 

Les femmes, ces inconnues du Moyen-âge

 

Professeure d’histoire du Moyen-Age à Toulouse, Sophie Brouquet s’est faite connaître en publiant Capétiennes, les reines de France au Moyen-âge (Ellipses, 2020) ou encore Chevaleresses, une chevalerie au féminin (Perrin, 2013). Autant dire que cette historienne a à cœur de revenir sur la place des femmes dans la société du Moyen-âge et de la réévaluer. Elle se propose ici de revenir sur la figure d’Isabelle de France, fille de Philippe le Bel et épouse d’Edouard II d’Angleterre.

 

 

Une princesse intelligente

 

Disons-le tout de suite : Isabelle souffre de l’image véhiculée par les Rois Maudits de Maurice Druon qui fait d’elle la « louve de France », sans compter la pièce de Christopher Marlowe… On découvre à travers cette biographie une figure singulière, celle d’une princesse française fière de son héritage et de ses parents (le lecteur se doit d’imaginer à quel point Philippe le Bel était une figure importante de l’époque, le modèle du bon roi). La jeune princesse devient un enjeu de la réconciliation (quelle tarte à la crème) franco-anglaise et se retrouve mariée à Edouard II. Ce dernier est la proie de ses favoris, d’abord Gaveston, puis les Despenser. Était-il homosexuel ? Difficile de le dire avec exactitude. Edouard II a en tout cas aimé sa femme, lui a fait des enfants, avant que ses favoris ne le poussent à la traiter durement. Jusqu’à ce que la princesse en ait assez d’endurer…

 

L’exercice du pouvoir

 

L’intérêt de cette biographie est de démontrer qu’une femme pouvait gouverner au Moyen-âge. Isabelle, exaspérée par le caractère de son mari, entreprend de prendre le pouvoir et prend comme partenaire politique un de ses anciens affidés, Roger Mortimer. Qu’il ait été son amant ou non importe peu au final : elle a réussi temporairement son entreprise, bénéficiant de l’élimination de son mari, qu’elle n’avait pas souhaité, et a gouverné l’Angleterre pour le compte de son fils Edouard III, un des futurs protagonistes de la guerre de cent ans. Quel talent politique ! Ce dernier a cependant fini par éliminer Mortimer et reprendre l’exercice du pouvoir, sans jamais renier l’affection et le respect que lui inspirait sa mère. Drôle de femme ! Elle a en tout cas inspiré nombre de romanciers, de Druon à George R.R. Martin. Cette biographie très réussie est une occasion de revenir sur un personnage par trop caricaturé.

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Sophie Brouquet, Isabelle de France, Perrin, août 2020, 380 pages, 23 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.