Le Liban en guerre, un conflit sans fin

Un duo de spécialistes pour un conflit majeur de la fin du XXe siècle

Reconnu comme spécialiste de l’histoire du Moyen-Orient, Stéphane Malsagne est l’auteur d’une biographie d’un politique libanais, Fouad Chéhab (dont il est question dans l’ouvrage), parue en 2011. Il s’associe ici à Dima de Clerck, spécialiste des relations druzo-chrétiennes. Leur but est simple : donner une histoire du Liban en guerre, qui a secoué les années 70 et 80 et dont les héritages sont multiples. Beaucoup d’acteurs de ce conflit très médiatisé sont toujours en vie, comme Michel Aoun, aujourd’hui président de la république.

 

Des origines multiples

La guerre du Liban éclate en 1975 : pourquoi, alors que ce pays est prospère ? Le Liban est une création de la France, traditionnelle protectrice des chrétiens d’Orient, intervenue en 1860 pour stopper le massacre des chrétiens par les druzes. Après la défaite ottomane, la France obtient un mandat de la SDN sur le pays, détaché de la Syrie. Indépendant en 1943, le Liban hérite d’une constitution où la démocratie cohabite avec le confessionnalisme. Ainsi chrétiens et musulmans, dans toute leur variété confessionnelle, cohabitent vaille que vaille. Les chrétiens maronites sont cependant favorisés, à un moment où de nombreux réfugiés palestiniens, majoritairement musulmans, affluent au Liban après 1948. La logique confessionnelle et la logique démocratique s’entremêlent et se heurtent aussi. Fouad Chehab essaie ainsi de réduire le poids des clientèles confessionnelles, malheureusement sans soutien. On comprend avec ce livre que le Liban devient progressivement une base arrière de l’OLP, ce qui mine la cohésion sociale. Sans compter l’impact de la guerre froide et des rivalités confessionnelles…

Un conflit qui peine à trouver sa fin

La guerre du Liban dure quinze ans. On saluera ici les analyses des auteurs. On découvre ici que l’État libanais a continué de fonctionner vaille que vaille, l’économie aussi, malgré les combats. On découvre aussi la vie des civils, des femmes, durant ce conflit et leur logique de survie. Car la vie continue en dépit des combats, soit sporadiques soit continuels. On comprend aussi que cette guerre n’a pas pris fin en 1990 : les zones « nettoyées » ethniquement par les Druzes n’ont par exemple pas vu les chrétiens revenir en masse. Les mémoires aussi sont à vif, dans un contexte régional propice aux luttes confessionnelles et on peut se demander quand, dans les cœurs, cette guerre prendra fin. Compte tenu des mouvements politiques en cours et de la récente explosion du port de Beyrouth, on se contentera de souhaiter que le Liban trouve le chemin d’un développement pacifique qui permette aux chrétiens, de plus en plus en rare au Moyen-Orient, de vivre.

 

 

Sylvain Bonnet

Stéphane Malsagne & Dima de Clerck, Le Liban en guerre, Belin, juin 2020, 320 pages, 26 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.