Les nouveaux mutants

Les griffes de la nuit

Dani Moonstar est la seule survivante d’un massacre survenu dans une réserve amérindienne. Recueillie au sein d’un étrange hôpital, elle apprend du docteur Reyes qu’elle appartiendrait à l’espèce mutante, êtres extraordinaires doués de fabuleux pouvoirs. Dans cet institut, elle fait la connaissance de quatre autres adolescents, mutants également, tous suivis pour troubles psychologiques. Peu après son arrivée, chacun développe d’étranges hallucinations. Le cauchemar commence…

Nouvelle franchise Marvel portée sur grand écran, Les nouveaux mutants adaptent le comic book éponyme datant du début des années quatre-vingts, spin off de la célèbre série X-men. But avoué des auteurs de l’époque, revenir à l’esprit des histoires originelles des X-men en traitant de nouveau, d’adolescents confrontés aussi bien aux dilemmes liés au passage à l’âge adulte qu’à leurs peurs inhérentes liées à leurs terrifiantes capacités. Guidés comme leurs aînés par Charles Xavier, le groupe évoluera drastiquement au fil du temps pour devenir X-force sous la houlette du charismatique Cable. Pour conter les aventures de cette équipe sympathique, le choix s’est donc porté sur Josh Boone, auteur du très surévalué Nos étoiles contraires mais qui a le mérite de s’être déjà consacré aux atermoiements adolescents par le passé et de se passionner à ses heures perdues pour la bande-dessinée en général.

L’accouchement fut cependant délicat sans compter une sortie sans cesse repoussée si bien que le long-métrage acquit très vite le statut de film maudit, tandis que les nombreux reshoots laissaient craindre le pire, le souvenir du Fantastic Four de Josh Trank encore frais dans les mémoires…

D’emblée, Boone réfute en grande partie le matériau d’origine et concentre son action au cœur d’un étrange hôpital enfermant plus ou moins contre leur gré ces cinq jeunes gens pas comme les autres. Le choix du huis clos aurait pu, aurait dû être judicieux, tout comme la vocation horrifique de l’ensemble qui ne déplairait pas à Wes Craven, grand maître des cauchemars éveillés assassins. En outre, le cinéaste s’appuie sur bon nombre d’autres références aussi bien propres au média (on évoque fréquemment les X-men) que sur d’autres histoires bien senties de teenagers (à commencer par Buffy contre les vampires). En outre, Boone s’efforce de dépeindre le quotidien et le combat de chaque instant de ses protagonistes contre leur instinct et leur passé. Tentative louable…mais ratée.

Le mal se réveille alors mais pas seulement dans le contenu, mais surtout dans le contenant, tant la maladresse voire le manque de talent manifeste pollue la mise en scène et balaie les premières bonnes intentions. Les citations justement de Buffy pour caractériser ce qui se déroule à l’écran relève de l’illustration primaire bas de gamme d’un étudiant pas encore à l’aise avec les notions formelles de base. En outre, Boone recycle les plans déjà stéréotypés de son pas bien fameux Nos étoiles contraires. Surtout, il s’embourbe maladroitement à exposer et à caractériser l’ensemble de ses protagonistes (même si la courte durée du film ici ne l’aide pas), un comble pour un film choral au sein duquel chacun peine à exister. Le spectateur avisé regrette alors la réussite presque totale d’un Matthew Vaughn avec X-men First Class, seul réalisateur qui a réussi jusqu’à présent à comprendre et à faire vivre les interactions sociales entre les célèbres mutants. Boone lui rejoint ceux qui ont essayé et se sont cassé les dents durant l’opération.

Contrairement au Fantastic Four de Trank qui était un film malade et dont les ambitions avaient été contrariées par le studio, Les nouveaux mutants quant à eux symbolisent l’impuissance d’une équipe créatrice, incapable de donner corps efficacement au projet mais également le manque de talent ou si ce n’est de savoir-faire naturel de son auteur…

Film américain de Josh Boone avec Maisie Williams, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton. Durée 1h33. Sortie le 26 août 2020

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre