Jouer la guerre, histoire du Wargame

 

Un sujet hors des radars des historiens

Celui qui n’a jamais joué à Risk dans sa prime jeunesse ne pourra comprendre ce livre ! Antoine Bourguilleau se penche ici sur l’histoire du wargame ou jeu de guerre, communément pratiqué en France depuis des décennies par des jeunes étudiants (songeons au succès dans les années 80 et 90 du magazine Casus Belli). Mais à la lecture du livre, le néophyte comprend vite que le Wargame n’a pas été conçu au départ pour les loisirs de jeunes intellos ou nerds désœuvrés…

 

 

Des origines militaires

A la base du jeu de simulation, on trouve en effet les Kriegsspiel pratiqués par les officiers, prussiens au début, au début du XIXe siècle à partir de règles de jeu élaborées à la fin du siècle précédent. Le but était simple : après les défaites de 1806 face à Napoléon, les prussiens étudiaient les campagnes, passées ou récentes, et recréaient sous forme ludique les batailles les plus marquantes pour se former à l’art de la guerre et anticiper les batailles du futur. Toute l’Europe s’est mise au Kriegsspiel après la défaite française de 1870. Le Kriegspiel a perdu un de ses « s » et est donc devenu européen. Il n’a cependant jamais réussi à vaincre les résistances d’une partie des officiers : comment en effet tenir compte du hasard, du moral et des aléas du champ de bataille en jouant sur un plateau, parfois avec pions ou des soldats de plomb ? Reste que des Kriegspiel avaient prédit l’échec du plan Schlieffen en 1914 ou l’enlisement nazi en Russie fin 1941…

 

Une pratique très répandue

Le Wargame est désormais partout, chez les militaires comme chez les civils. Il a été autant pratiqué à la Rand corporation pendant la guerre froide qu’à Moscou au sein de l’état-major soviétique, la Stavka. Et cela continue car tant qu’il y aura des questions militaires, il y aura wargame. Voici un ouvrage qui fera date dans un domaine d’études où tout reste à faire.

 

Sylvain Bonnet

Antoine Bourguilleau, Jouer la guerre- histoire du wargame, Passés composés, préface d’Hervé Drévillon, juin 2020, 272 pages, 23 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.