Hindenburg, un homme faible qui n’aurait jamais dû être au pouvoir

 

Un historien émérite

On ne présente plus Jean-Paul Bled, professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne et auteur de biographies remarquées de Marie-Thérèse d’Autriche (Fayard, 2001), François-Joseph (Fayard, 1987) ou Frédéric II (Fayard, 2004). Car notre homme est un fin spécialiste de l’histoire germanique, ce qui est rare dans notre belle contrée francophone marquée par trois guerres récentes contre le voisin d’outre-Rhin. Il s’attaque ici à la figure du maréchal Hindenburg, sous-titrée « L’homme qui a amené Hitler au pouvoir ». On va voir qu’effectivement il y a pris une bonne part.

Un officier prussien

Né en Posnanie, Hindenburg est le pur produit de l’aristocratie prussienne. Jeune officier, il combat durant la guerre franco-allemande de 1870 où il montre son courage au feu. Débute ensuite une carrière militaire où il démontre ses qualités de commandement, sans non plus émerger du lot. Admis à la retraite en 1911, il est rappelé en 1914 au service actif. Là commence sa vraie carrière.

Un symbole néfaste

Hindenburg a la chance de trouver Ludendorff sur lequel il s’appuie. Ludendorff a des capacités tactiques et stratégiques sur lesquels s’appuie son aîné. Ensemble, ils remportent contre les russes la bataille de Tannenberg qui fait de Hindenburg un mythe vivant. Sur le front oriental, le tandem remporte des victoires en 1915 mais n’emporte pas la décision. Ils réussissent cependant à écarter leur rival Falkenhayn suite à son échec à Verdun. Plus encore, ils instaurent une dictature de facto, écartant l’empereur Guillaume II (en bon prussien, Hindenburg lui avait juré fidélité) et le chancelier Bethmann-Hollweg –qui finira par démissionner-des décisions. Le duo est responsable de la guerre à outrance, de l’entrée en guerre des États-Unis, de la défaite finale.

Cependant, Hindenburg se sépare de Ludendorff à temps et contribue à créer une légende promise à un avenir néfaste, celle du coup de poignard dans le dos. L’Allemagne avait gagné à l’est et obtenu un match nul à l’Ouest. On sait l’usage qu’Hitler fera de ce mensonge…

 

Un monarque républicain

L’ouvrage de Bled montre le talent magistral d’Hindenburg à savoir rebondir. Il réussit à s’imposer en 1925 comme le candidat idéal au second tour de l’élection présidentielle. Il avalise pourtant à contre cœur la politique de Stresemann et attend des jours meilleurs. Conservateur, Hindenburg exclut le plus possible la gauche allemande de ses gouvernements. Au début hostile envers Hitler (qui le méprisait) et son parti, il finit par leur donner le pouvoir, après des palinodies épouvantables. La fin de la démocratie et des partis ne le dérange pas, tant que le peuple allemand est à nouveau uni … Au final, le bilan, et c’est le sens de l’ouvrage magistral de Jean-Paul Bled, est terrible. Hindenburg, personnage sans relief, est à rapprocher de Pétain en France. Sans la faiblesse de caractère du vieux maréchal, jamais Hitler n’aurait été chancelier. À méditer.

 

Sylvain Bonnet

Jean-Paul Bled, Hindenburg : l’homme qui a amené Hitler au pouvoir, Tallandier, septembre 2020, 336 pages, 22,50 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.