Sept jours, les débuts de la Révolution

 

Un maître de l’histoire de la Révolution et de l’Empire

Professeur à l’EHESS, Emmanuel de Waresquiel s’est fait connaître d’un large public avec des biographies remarquables de figures du Premier Empire, Talleyrand (Fayard, 2003) et Fouché (Tallandier/Fayard, 2014), écrites avec clarté et utilisant avec efficacité les sources. Récemment, Juger la Reine (Tallandier, 2016), où il raconte les circonstances et le déroulement du procès de Marie-Antoinette en utilisant des sources nouvelles, a renouvelé l’approche de cet évènement. Sept jours, on va le voir, se situe dans le prolongement de ses travaux antérieurs.

Les débuts de la Révolution revisités

Pourquoi écrire là-dessus ? Après tout, Timothy Tackett avec Par la volonté du peuple (Albin Michel, 1997) avait bien montré le processus de radicalisation des élus du tiers état, en particulier ceux issus de Bretagne comme Le Chapelier. Emmanuel de Waresquiel rouvre ici le débat en utilisant des sources peu ou pas utilisées : journaux intimes, fonds privés d’archives, mémoires inédits d’observateurs étrangers, etc. On assiste ici aux débuts de la Révolution, avec des députés du Tiers infatués d’eux-mêmes (le portrait de Bailly laisse pantois). On ne négligera pas non plus le poids du parti du duc d’Orléans qui a bloqué l’assemblée des notables en 1787 et dont nombre de créatures, plus ou moins autonomes (le futur Philippe Égalité n’est pas un leader et n’a d’ailleurs pas de grand talent politique), se retrouvent aux États Généraux. Et quid de Necker, détesté de la cour mais qui a réussi à se rendre incontournable ?

Pourquoi la Révolution ?

Au fil du récit, on voit qu’en sept jours les députés du tiers État obtiennent le droit de se réunir en tant qu’assemblée nationale, lançant un processus qui met à bat une société d’ordres existant depuis mille ans. Pour Waresquiel, il n’y a pas de complot. Mais bien des personnes voulaient mettre renverser la monarchie absolue. Pour autant, Louis XVI n’est pas le « nullard » qu’on pense. Mais il a perdu des conseillers précieux comme Maurepas et surtout Vergennes. Surtout la mort du dauphin le bloque… Il prend des initiatives mais à contretemps, ou  ne les poussent pas jusqu’au bout. En sept jours, si on suit le livre, la France est complètement chamboulée. Voici un livre plus que passionnant, vital pour comprendre notre pays car nous sommes tous les héritiers de cette révolution. Et puis Waresquiel aide à réfléchir, débattre, contester (y compris certaines de ses assertions) : voilà un maitre !

 

Sylvain Bonnet

Emmanuel de Waresquiel, Sept jours, Tallandier, septembre 2020, 480 pages, 22.90 €

 

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.