Barbarossa (1941, la guerre absolue), l’apocalypse du front de l’est

 

Les spécialistes

 

Déjà auteur de Grandeur et misère de l’Armée rouge (Seuil, 2011) et d’une biographie de Joukov (Perrin, 2013), le duo Lopez/ Otkhmezuri a livré l’année dernière Barbarossa, une somme (presque 1000 pages) sur l’ouverture de la guerre à l’est en 1941 par Hitler. Jean Lopez, directeur de la rédaction de Guerre et Histoire, n’en est certes pas à son coup d’essai. On lui doit des ouvrages chez Economica sur la bataille de Stalingrad ou celle d Koursk : il est à coup sûr le meilleur spécialiste francophone de la seconde guerre mondiale à l’est.

 

Un ouvrage exhaustif et passionnant


Tout d’abord, une remarque de fond : notre duo d’historiens livre ici un ouvrage détaillé mais passionnant. Ils réussissent à parfaitement contextualiser l’opération Barbarossa, à le resituer dans le temps long des relations germano-russes. Le récit des réunions d’État-major, tant à la Stavka soviétique qu’à l’OKW allemand, n’est jamais ennuyeux, bien au contraire. Il aide à comprendre comment Hitler a pris cette décision et comment Staline s’est laissé berner…

 

Deux dictateurs, deux erreurs

 

On ne répétera jamais assez combien Staline, gr        and paranoïaque devant l’éternel, s’est  lui-même intoxiqué en refusant de croire à la réalité de l’opération Barbarossa. Pourtant bien renseigné par ses réseaux d’espions, Staline ne peut croire qu’Hitler va, à ce moment-là, rompre le pacte de non-agression. Quant à Hitler, et l’OKW, on reste stupéfait de leur conviction d’une campagne courte et victorieuse qui les mènerait à Moscou avant l’hiver. Ils négligent la logistique, la longueur des transports (l’écartement des rails soviétiques est par exemple différent de celui des rails allemands, adapter nécessitera du temps), sous-estiment l’armée rouge et sa capacité de rebond, aveuglés par leurs préjugés raciaux (l’opération Barbarossa marque aussi le début de la Shoah par balles, je renvoie aux Champs de la Shoah de Marie Moutier-Bitan paru chez le même éditeur) et idéologiques…

 

Des victoires inutiles

 

De fait, la Wehrmacht en 1941 est certainement la meilleure armée du monde. Ils remportent victoire sur victoire, s’emparent de la Biélorussie, des Pays Baltes et de l’Ukraine… mais pour quoi faire ? Inférieure au niveau de l’encadrement, perdant ses meilleurs soldats, subissant des pertes colossales, l’Armée rouge réussit pourtant à se reconstituer à chaque fois. Victorieuse tactiquement, la Wehrmacht s’enfonce dans une impasse stratégique, à cause d’Hitler mais aussi de généraux pour qui seule la volonté compte, au détriment des données concrètes comme la démographie et l’économie. Épuisée, l’armée allemande est battue près de Moscou par Joukov. La guerre est perdue même s’il faudra encore quatre longues années avant la victoire rouge.

 

Magistral et glaçant.

 

Sylvain Bonnet

 

Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri, Barbarossa, Passés composés, août 2019, 956 pages, 31 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.