Lamartine, poète et politique

On doit à Daniel de Montplaisir, haut-fonctionnaire qui s’est piqué d’histoire, une biographie du comte de Chambord (Perrin, 2008), de Charles X coécrite avec Jean-Paul Clément (Perrin, 2014) et de Louis XX (Mareuil, 2017) et une Histoire du Canada (Perrin, 2019). Il se penche ici sur un parcours assez oublié, celui d’Alphonse de Lamartine, une figure qui inspira jusqu’à François Mitterrand.

Un jeune homme fantasque qui devient poète

Singulière destinée que celle de Lamartine ! Né dans une famille aristocratique du Mâconnais, plutôt hostile envers Napoléon, le jeune homme est couvé par ses parents et échappe à la conscription. Légitimiste, il se cherche une situation à la Restauration car Lamartine voyage, batifole : bref, c’est un panier percé. Il aime aussi beaucoup les femmes, dont Julie Charles : cette dernière le fera passer du statut de versificateur à celui de véritable poète tant leur amour le changea et sa mort le transfigurera. La parution des Méditations en 1820 fait de Lamartine un mythe vivant : même Louis XVIII et Talleyrand le lisent ! Et il y a de quoi :

Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours
.

Ou ces mots tirés de L’Isolement :

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

On peut dire sans crainte que Lamartine acquiert une célébrité qui fait de lui la star de son époque.

 

Le politique

Après la chute des Bourbons, Lamartine réussit après bien des échecs à se faire élire député. La politique fut-elle un exutoire après la mort de sa fille? Toujours est-il qu’il se fait remarquer par ses discours et son positionnement politique, à gauche et dérivant de plus en plus vers la République. Il défend la liberté de la presse, l’élargissement du corps électoral (à l’époque, seules 200 000 personnes peuvent voter), la protection des travailleurs. À la chute de la monarchie de juillet en février 1848, il est pendant quelques mois l’homme fort de la République. C’est lui qui impose l’abolition de l’esclavage avec Schœlcher ou les ateliers nationaux. Mais le verbe ne peut tout, Lamartine commet des erreurs et s’isole. Il est d’abord évincé par le général Cavaignac, puis surtout par Louis-Napoléon. Jusqu’à la fin de sa vie, il devra écrire pour rembourser ses dettes. Voici le beau récit d’un parcours hors normes.

Pour Nesrine.

Sylvain Bonnet

Daniel de Montplaisir, Lamartine, Tallandier, novembre 2020, 491 pages, 25,50 €

 

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.