Le régent, Philippe le grand

Une période trop caricaturée

On connait Alexandre Dupilet grâce à un ouvrage, La Régence absolue (Champ Vallon, 2011), et une biographie consacrée au cardinal Dubois (Tallandier, 2015), qui font de lui le spécialiste d’une période synonyme pour beaucoup d’orgies et de libertinage après la fin de règne sinistre de Louis XIV. Or, il se passe beaucoup de choses entre 1715 et 1723, une période de paix (et c’est beaucoup après les guerres de la fin du règne de Louis XIV) et d’innovations. Or l’homme-clef de la période est le Régent, Philippe d’Orléans, telle est l’idée au centre de cette biographie.

 

Un prince parmi les meilleurs

La figure de Philippe d’Orléans, magistralement interprétée par Philippe Noiret dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier, intrigue et fascine. Fils de Philippe, ce frère homosexuel systématiquement placé dans l’ombre par Louis XIV, il sort du lot par son intelligence, sa culture, la multiplicité de ses dons et aussi ses défauts : Philippe aime la fête, les femmes, le jeu et n’a que faire des commérages de la Cour. En fait, Louis XIV a dû très rapidement comprendre que son neveu était un prince d’une étoffe bien supérieure à ses propres enfants et a dû en concevoir de la jalousie et de l’envie, tout en lui gardant de l’affection. Là est peut-être le cœur de leur relation très complexe.

 

Régent envers et contre tous

Philippe d’Orléans est avant tout un militaire doué mais dont le grand Roi se sert peu. En cause son caractère, certaines de ses intrigues et beaucoup de rumeurs. A la fin du règne, on l’accuse d’avoir empoisonné le dauphin et son fils le duc de Bourgogne ! Pourtant c’est lui que Louis XIV désigne comme régent du futur Louis XV même s’il l’entoure de conseils qui limitent son autorité. Eh bien, en habile politique, le Régent fait annuler le testament de son oncle en s’appuyant sur le Parlement. Les conseils de la polysynodie ont un grand avantage : faire participer la noblesse d’épée au gouvernement et empêcher toute nouvelle Fronde. La réussite de Philippe d’Orléans est alors totale.

 

La fin manœuvrier

Saint Simon le peint souvent hésitant, influençable. Mais une fois qu’il a pris sa décision, le Régent est implacable et fait montre d’une autorité de monarque. Ainsi pour la conclusion d’une alliance avec l’Angleterre (ici il suit les avis de son fidèle Dubois) ou vis-à-vis de l’Espagne gouverné par son cousin Philippe V qui ne l’aime guère. De même dans la mise en place du Système de Law : malgré la faillite, il réduit la dette astronomique légué par Louis XIV. De cette biographie, qui vient après celle de Jean-Christian Petitfils, émerge l’image d’un prince qui sait gouverner, fin politique. Il n’avait qu’un seul défaut, nous dit Alexandre Dupilet : il n’était pas fils de Roi.

Un livre magistral.

 

 

Sylvain Bonnet

Alexandre Dupilet, Le Régent, Tallandier, octobre 2020, 496 pages, 25 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.