L’énigme Pompidou-de Gaulle, un duo exceptionnel

Le parcours d’un historien

Ancien élève de l’ENA et auteur de biographies de Lyautey (Perrin, 2004), Louis-Philippe (Perrin, 2010), Richelieu (Perrin, 2014) et Philippe Séguin (Perrin, 2017), dont il fut le collaborateur, Arnaud Teyssier a peu à peu embrassé une carrière d’historien, se faisant remarquer par son regard acéré sur les politiques et une certaine mélancolie aussi. Après un ouvrage magistral sur la dernière année du mandat du Général, centrée aussi sur cette idée singulière qu’était la participation, Arnaud Teyssier revient ici avec un ouvrage sur la relation entre l’homme du 18 Juin et celui qui fut son successeur, Georges Pompidou.

Une association féconde

En achevant ce livre, on est frappé par l’intensité de cette relation entre deux personnes qu’à la base tout semblait opposer. D’un côté un militaire, issu d’une famille de sensibilité monarchiste, épris d’histoire et serviteur de l’État, de l’autre un professeur originaire d’Auvergne, produit de la méritocratie républicaine (socialiste dans sa jeunesse) et censé plus proche des gens. En fait, ils n’étaient pas si éloignés, Pompidou admirant sincèrement de Gaulle, se ralliant sans état d’âmes à la constitution de 1958, à l’indépendance de l’Algérie et à l’élection du président de la République au suffrage universel. Tous deux sont unis par une vision commune de la France, de la politique (Pompidou se méfie aussi des partis malgré sa réputation d’arrangeur) mais se séparent en 1968.

Malentendus, quiproquos…

En 1968, de Gaulle se sépare de Pompidou. Depuis quelques années, il le trouve tiède sur son idée de participation (à raison), le trouve plus conservateur. S’il l’estime, il ne comprend pas non plus ce qu’on appellerait aujourd’hui son côté « people », sa fréquentation du monde parisien. L’affaire Markovic, dans laquelle de Gaulle n’a pas du tout trempé, achève de les séparer, Pompidou aurait préféré un soutien plus prononcé et plus rapide du chef de l’État. Et puis ils se séparent sur la façon d’appréhender la société née des évènements de 1968 et qui mènera le Général à son référendum raté que Pompidou soutient plus par devoir que par conviction. Pourtant, une fois devenu chef de l’État à son tour, l’ancien premier ministre de De Gaulle comprend plus son mentor. Il voit de plus en plus le système partisan s’imposer, l’influence de l’Europe aussi (alors qu’il a favorisé l’entrée de la Grande-Bretagne). Pompidou essaie de maintenir un héritage qui sera profondément altéré par François Mitterrand, surtout avec les lois de décentralisation de 1982 et les cohabitations qui affaiblissent l’autorité du pouvoir exécutif et de l’État, la vague néo-libérale n’arrangeant rien dans le domaine économique. En somme, on privilégie la gouvernance sur le gouvernement, on est autoritaire lorsqu’il faut de l’autorité, comme dans la crise de la COVID-19… Excellent ouvrage, comme souvent avec Arnaud Teyssier.

 

Sylvain Bonnet

Arnaud Teyssier, L’énigme Pompidou-de Gaulle, Perrin, mars 2021, 368 pages, 23 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.