West Side Story



American Universal Story

New York, 1957. Au cœur d’un quartier populaire, le gang des Jets dirigé par Riff affronte le gang des Sharks, mené par Bernardo. Membre fondateur des Jets mais retiré depuis, Tony aspire à une vie paisible lorsqu’il rencontre Maria, jeune sœur de Bernardo, lors d’un bal censé réconcilier les diverses communautés. Les jeunes gens tombent éperdument amoureux provoquant par leur passion une suite d’événements tragiques…

Grand amateur de comédies musicales depuis fort longtemps, je n’ai en revanche jamais compris l’engouement suscité par le film de Robert Wise et encore moins son triomphe lors de la cérémonie des Oscars la même année. Malgré une bonne volonté évidente et un savoir-faire efficace, Wise ne possède point le talent de Vicente Minnelli pour faire vivre ce genre si particulier, Bernstein lui n’égale en aucun cas Gershwin et West Side Story n’arrive point à la cheville de Chantons sous la pluie. C’est pourquoi je fus frappé de la plus grande circonspection lorsque Steven Spielberg entreprit de tourner un remake cette fois ci du spectacle de music-hall original, surtout quand on connaît la propension du cinéaste à tomber dans la même guimauve réductrice qui a terriblement entaché l’essai de Robert Wise. Ces dernières années, Spielberg a alterné le très bon notamment avec certains films d’époque (Le pont des espions ou Pentagon papers) et l’inutile (Ready player one incarne à lui seul ses retrouvailles ratées avec ce qui fit en partie sa gloire).

D’emblée, il faut pointer les différents écueils qui encombrent aussi bien la démarche de Spielberg que le résultat final. Ainsi cette nouvelle version de West Side Story n’échappe toujours pas à une certaine mièvrerie teintée d’illustration qui dessert toujours le côté tragique de l’ensemble. En outre force est de constater que Rachel Zegler en dépit d’un talent de chanteuse appréciable subjugue moins par son charisme que la regrettée Nathalie Wood. Surtout, l’épine principale réside dans le concept même de ce remake, sans changer d’un iota le substrat d’origine. En effet, le scénario imaginé par Bernstein et Laurents reposait sur la transposition de Roméo et Juliette dans le présent, ancrant ainsi le récit shakespearien dans des sujets de société contemporains. En refusant de faire de même, Spielberg prend un double risque : celui de perdre le public avec des éléments en partie désuets (notamment l’exode de la communauté portoricaine durant la Guerre Froide) ou pis encore faire usage des inquiétudes actuelles, une crainte qui éclate lors de l’agression d’Anita mise en scène maladroitement sous l’angle Me Too.

Pourtant le début de ce portrait peu flatteur ne devrait pas occulter les qualités de cette version façonnée bien plus habilement par Spielberg, à commencer par l’abandon d’un académisme permanent chez Robert Wise, qui ne laissait jamais la place à la suggestion. Ainsi, la rencontre entre Maria et Tony lors du bal tourné sur un jeu de champ contrechamps opère merveilleusement, bien plus que le plan d’ensemble utilisé par Robert Wise. Le réalisateur n’hésite pas en outre à opposer les couleurs criardes et spectaculaires en usage lors des ballets à celles ternes du quotidien. A partir d’un décorum aride soulignant le purgatoire urbain au sein duquel évoluent les protagonistes, Spielberg entame sa critique sociétale et reprend alors le concept élaboré par Laurents et Bernstein. Si comme évoqué précédemment, le procédé ne fonctionne pas toujours (cf cette fameuse scène estampillée Me Too), le cinéaste réussit un numéro d’équilibriste à haut risque lorsqu’il traite d’universalisme en lieu et place d’un problème contextuel référencée à une période unique. New York se mute alors en nouvelle Tour de Babel alors que ses habitants, englués dans la pauvreté, cèdent aux sirènes populistes, par peur de ce qu’ils ne comprennent ou n’acceptent pas. D’ailleurs, en ne traduisant pas les différents dialogues espagnols lors des sous-titres, le metteur en scène accentue le fossé culturel à l’écran. La scène durant laquelle Anita découvre les corps livides de Riff et de Bernardo à la morgue rappellent un peu plus qu’ils ne sont pas plus différents et encore moins dans la mort. Dans ces moments de malaise, Spielberg renonce à l’enchantement pour faire sourdre des sursauts de noirceur qui culminent lors du drame final, mis en scène avec âpreté et sobriété.

Ainsi West Side Story rend honneur à son modèle du music hall, surpasse de très loin la version cinématographique de Robert Wise, ce malgré des maladresses inhérentes et s’impose comme un spectacle honorable à défaut d’être brillant. Mais au-delà des moments d’opérette toujours tiraillés entre faste et grandiloquence (le défaut du score de Berstein), le long-métrage dévoile tout son intérêt dans sa capacité à traiter de l’intégration des minorités et de son impact aussi bien sur la cellule familiale que sur l’ensemble de la vie communautaire. Un enjeu traité avec une élégance qui n’est point sans rappeler un certain Michael Cimino.

Film américain de Steven Spielberg avec  Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana DeBose. Durée 2h36. Sortie le 8 décembre 2021.


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François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture