Goliath



Fronde sanitaire

 

Ancien avocat d’affaire reconverti dans le droit environnemental Patrick prend la défense d’une jeune femme, Lucie, dont la compagne est décédée des suites d’une longue maladie causée par l’utilisation intensive de pesticides. Il entame alors un combat de longue haleine contre un géant de l’industrie agrochimique, combat d’autant plus acharné après le suicide de sa cliente devant le siège du groupe industriel. Il va devoir s’opposer à Mathias, un lobbyiste à la solde de ses adversaires, homme cynique et particulièrement brillant. Au même moment, France, professeur de sport, milite aussi contre l’usage de pesticides quitte à radicaliser son action. Trois destins réunis autour d’enjeux vitaux…

Après le récent Enquête sur un scandale d’état, le cinéma français s’épanche sur un autre cas épineux, celui de la nocivité des pesticides, des conséquences désastreuses suite à leur utilisation aussi bien sur l’écosystème que sur les organismes. L’emploi du Glyphosate  a suscité notamment de nombreuses protestations dans le débat public il y a quelques années. Pour brosser le tableau de la catastrophe en cours, Frédéric Tellier choisit de mêler plusieurs tonalités, thriller, drama et procédure juridique, le tout sur un fond de machinations politiques. L’ancien élève d’Olivier Marchal, auréolé d’un succès d’estime avec L’affaire SK1, se plaît comme son mentor révéler au grand jour les engrenages machiavéliques (au premier sens du terme) qui régissent les sphères de pouvoir (politiques, administratives ou souterraines). Avec Goliath, le cinéaste s’intéresse aux mécanismes lobbyistes qui informent et désinforment au détriment de la population.

En s’appuyant sur le regard de trois acteurs de cette affaire aux intérêts et motivations divergents, Frédéric Tellier établit une base de travail pertinente pour son long-métrage. Le combat solitaire de Patrick contraste avec les joies et les peines vécues en famille ou en communauté aussi bien par France que par Mathias. En outre, le réalisateur interpelle via un ton nuancé auquel il croit durant quelques instants lorsque France allume une cigarette en gros plan (quelques minutes auparavant, un agriculteur lui faisait remarquer que d’autres substances qu’elle utilisait couramment étaient sans doute toxiques). Un bon point donc, comme les interprétations solides de Lellouche ou de Niney. Mais le bilan se gâte très vite, ces éléments positifs vite dilués dans le marasme engendré par Frédéric Tellier.

En effet, le long-métrage souffre du syndrome du grand sujet. Ou comment son importance éclipse toute velléité de mise en scène. Tellier multiplie les approximations académiques pendant que le film se vautre dans des poncifs et des dialogues surannés (sans compter certaines situations irréalistes comme le double emploi professorat de jour /ouvrière de nuit de France). Dépassé par sa thématique, le réalisateur perd pied et agace via des facilités émotionnelles grossières. Peut-être aurait il dû regarder les leçons données pourtant dans un passé pas si lointain (non je n’évoquerai pas ici le cinéma classique) par Michael Mann (Révélations), Steven Soderbergh (Erin Brockovich) ou encore Todd Haynes (Dark Waters).

Malheureusement, dans son entreprise ambitieuse, Frédéric Tellier ne convainc pas au contraire de ses illustres homologues précédemment cités. Pire, il agace, à trop vouloir forcer le trait et à s’engluer dans un pathos illustratif insupportable. A peine sauvé par le jeu honorable de son casting, en partie à contre-emploi (cf Pierre Niney), Goliath rejoint la longue liste des œuvres aux prétentions gargantuesques qui ont échoué et qui seront sans doute vite oubliées…

Film français de Frédéric Tellier avec Gilles Lellouche, Pierre Niney, Emmanuelle Bercot. Durée 2h02. Sortie le 9 mars 2022


Share

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture