Les merveilleux nuages, Françoise Sagan

C’est ainsi, les nuages sont identiques de New-York à Paris. Quels que soient les symboles qu’ils emportent, ce sont toujours les mêmes, et le lieu ne change rien au tout grandissant qui nous entoure.
Josée et Alan sont mariés depuis dix-huit mois et entre eux s’insinue une jalousie maladive, étouffante.
Alan redoute tout autant qu’il convoite les aventures éventuelles de Josée. Par défi, Josée se laisse alors tenter, mais n’aspire au fond qu’à la rupture qu’elle n’est pourtant pas prête à assumer, car elle déteste (se) faire souffrir (?).
Dans Les merveilleux nuages Sagan offre comme souvent un décor mondain, fait de cocktails et de duperies, où l’amusement est facile et la déprime omniprésente et dénuée de fondement, tant le luxe environnant rend la vie confortable, presque trop.
Cependant, il y a comme presque toujours dans son écriture des vérités lyriques, universelles, de ces phrases qu’on voudrait noter dans un cahier précieux et ne plus jamais les oublier. Voici quelques perles qui feront de ce livre un des joyaux de ma bibliothèque.

« L’amour on le cherche. On se met à deux pour le chercher. Il se trouve que l’un des deux le possède. Dans ce cas c’était moi. Ma femme était ravie . Elle venait comme une biche manger dans ma main ce fruit tendre et inépuisable. C’était la seule biche que je supportasse de nourrir. (…) ma femme s’est gavée, ma femme a envie d’autre chose et ne supporte pas que je la nourrisse de force. Et pourtant j’ai toujours ce fruit qui me pèse dans la paume, et que je veux lui donner. Que faire ? » Propos d’Alan, page 62.

« Oui, c’était bien là le pire : la disparition de quelqu’un qui ait entière confiance en vous, qui vous ait remis sa vie. » Page 68

« … quand tu es près de moi, la nuit, que nous avons chaud ensemble, alors je m’en fiche de mourir ; je n’ai qu’une peur, c’est que toi, tu meures. Bien plus important que n’importe quoi, que n’importe quelle idée, ton souffle sur moi. Comme un animal, je veille. Dès que tu te réveilles, je m’enfouis dans toi, dans ta conscience. Je me jette sur toi. Je vis de toi. » Propos d’Alan, page 85

« De toute façon, ne prends pas l’air si féroce. Tu as l’air de… d’un enfant. En fait d’ailleurs, tu n’as jamais quitté ton enfance, elle marche près de toi, tranquille, pudique, lointaine, comme une double vie. Tes essais pour te rapprocher de la vraie vie sont bien infructueux… » Alan, page 88

« C’est comme si tu menais une vie  double, dit-il, une autre vie qui te suit partout si proche de l’enfance que tu ne peux t’y arracher, une vie où tu es irresponsable et punie à la fois, toujours liée à des gens qui te jugent et auxquels tu donnes le droit de te juger, uniquement parce que tu peux les faire souffrir ». Alan, page 95.

Sous n’importe quel nuage, aussi merveilleux soit-il, on ne change pas. Les nuages sont tous identiques.

Les merveilleux nuages, Françoise Sagan, Pocket, 153 pages, 5,50 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.