Concerto à la mémoire d’un ange, d’Eric Emmanuel Schmidt

Le dernier livre d’Eric Emmanuel Schmitt est un concerto, comme son nom l’indique. Composé de trois mouvements d’intensité romanesque allant crescendo, cet opus vibre de notes particulièrement amoureuses. La première nouvelle, sorte de Gymnopédie pour guitare à la voix ample et veloutée vous fera tressaillir, de ce pas filer vous confesser de tous vos pires pêchés… ou vous en dissuadera. La seconde nouvelle, guerre plus longue, résonne de tous ses cors, et vous amène aux confins du doute, suscitant en vous des interrogations jusqu’alors insoupçonnées. L’avant dernier mouvement est un allegretto profond, envoûtant, rendant hommage aux deux facettes qui sommeillent en vous et se haïssent dans l’univers clos de votre inconscient. Qui de vous deux saura donner son élan au magnifique solo, avec une dextérité vertigineuse ? Pile ou face ? La dernière nouvelle semble prouver qu’Amour et Haine ne sont qu’un même sentiment, que deux amours se ressemblent avant de s’assembler, que tout n’est qu’apparences, et qu’un vieil amour vaut mieux qu’une liberté mal assumée.  Ni tout à fait anges, ni tout à fait démons, les personnages d’Eric Emmanuel Schmitt sont parfois si proches du lecteur qu’ils l’entraÎnent volontiers dans le jeu si agréable, si dangereux, de l’identification. Chaque lecteur est ainsi invité à nourrir de sa plus belle imagination une meurtrière, un bon matelot mauvais père, un duo de virtuoses, un couple à la tête de l’Etat. Chaque lecteur offre tout son lot de subjectivité, se faisant complice compatissant des uns et des autres, sans distinction manichéenne. La raison dicterait pourtant de ne pas jouer d’empathie, et d’envoyer valser ces caractères désordonnés, dansant sur une musique parfaite, juste, avec ce qu’il faut de notes et de soupirs. Il n’en est pas ainsi.

Eric Emmanuel Schmitt, en chef d’orchestre implacable, nous joue un de ses plus beaux ouvrages. Ses nouvelles s’apparentent ici à des fables sans morale, telles les êtres que nous sommes, changeant selon nos aspirations, à la faveur d’une humeur ou d’un bon vouloir… comme par exemple celui de Sainte Rita, reine des reliques recueillant tous les désespoirs du monde entre ses seins.

L’ouvrage a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle 2010.

Concerto à la mémoire d’un ange, Albin Michel, mars 2010, 229 pages, 18 €.

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/home.cfm?lang=fr

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.