Quand la littérature se charge d'Histoire, Le cahier d'Aram, de Maria Angels Anglada

Maria Angels Anglada est de ceux qui s’investissent dans la pesante tâche du devoir de mémoire. Après avoir parlé du génocide juif, perpétré par la barbarie nazie durant la seconde guerre mondiale, elle évoque le génocide arménien, non moins meurtrier, perpétré en 1915 par décret du gouvernement turc. Pour ce faire, l’auteur se glisse dans la peau d’Aram, contraint de quitter l’Arménie avec sa mère afin d’échapper à leurs bourreaux, les poursuivant sur les routes de Grèce. Celui-ci tient un journal dans lequel il relate la difficulté de cette fuite du foyer, de la terre natale, des confrontations avec la mort dans le but de survivre. Aram devient par la suite pêcheur à Marseille, dans cette ville refuge qui ne guérit pas de l’exil mais promet un peu plus de soleil. Le cahier d’Aram lui a été offert par son père, Vahé, poète mort en captivité. Ainsi, ce cahier où fut couchée la mémoire aurait atterri dans les mains d’un écrivain. On se plaît à croire que Maria Angels Anglada s’en fait la gardienne à jamais, confiant cette mémoire à jamais aux lecteurs que nous sommes, pour que l’oubli cesse peu à peu de grignoter l’Histoire, et que les cycles se brisent. Trente ans seulement après le génocide arménien se produisait un autre génocide au coeur de l’Europe. Et d’autres encore sont perpétués et le seront l’avenir durant. Le cahier d’Aram, devoir de lecture un roman qui ne s’oubliera pas. Le violon d’Auschwitz est également réédité chez Le livre de poche.

Le cahier d’Aram, Cosmopolite Stock, Avril 2010, 306 pages, 17,51 Euros.
Le violon d’Auschwitz, Le livre de Poche, Mai 2010, 139 pages, 6 Euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.