Week-end, de Bernhard Schlink

Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa sœur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu’elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge. Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L’amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ?. Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ?. Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.

Le dernier ouvrage de Bernhard Schlink marque un peu une rupture avec Le liseur, et Le retour. Il ne s’agit plus d’un parcours initiatique qu’on offre au lecteur. Il s’agit plutôt de revenir sur un passé, sur ses conséquences, à la lumière d’un retour à la liberté. Jörg, à sa sortie de prison, se sent une nouvelle fois jugé par ses amis. Il estime qu’il a payé pour ses fautes, tout en considérant, tout d’abord qu’elles n’en étaient pas, que ses actes étaient justifiés, jusqu’aux crimes.
Plusieurs questions sont soulevées par ce roman, d’une grande qualité : la violence est-elle la seule réponse possible à la violence ? Se battre pour le bien en faisant des victimes est-il légitime précisément parce que le mal fait des victimes aussi ? Le bien ne devient-il pas alors un mauvais combat ?
Et encore, sachant que les extrêmes répondrent aux extrêmes, qui engendrent à leur tour d’autres extrêmes encore, n’est-il pas normal que d’une génération à l’autre les torts se répercutent et se contredisent ?
Les personnages se retrouvent donc autour de cet homme à nouveau libre physiquement, mais perdu dans ses incapacités, car l’emprisonnement ne guérit pas forcément l’âme. C’est alors une sorte de débat organisé qui s’étoffe à mesure que les repas, les apéros s’enchaînent. On parle des rêves, des remords, des doutes. Finalement, les trois ne sont peut-être qu’une seule et même chose. On ne se retrouve que pour mieux constater que les dégâts du temps, ce fossé qui sépare les gens les uns des autres, parfois d’eux-même.
Bernhard Schlink s’applique particulièrement à peindre ses personnages. Certains plus que d’autres. Son expérience de juge le place au-dessus d’eux, à la distance qui nous permet d’apprécier chacune de leurs pensées, à mesure qu’ils les dévoilent.
Henner et Margaret forment un couple attachant, un peu à la manière du roman Le liseur, un couple qui ne s’explique pas, qui s’entend simplement et s’apprécie sans avoir besoin de mots. Ilse tisse sa propre version des faits sur le papier, se découvrant tout à coup une passion pour l’écriture.
Ce livre est évidemment aussi bon que les précédents. Ceux qui ont aimé Schlink l’aimeront encore avec ce dernier opus. Il se dévore vite, fait réfléchir, et donne envie d’être relu, car si c’est un bilan, il ne règle rien, bien au contraire. A lire sans modération !

 

Week-end, Bernhard Schlink, Folio Gallimard, Janvier 2010, 248 pages, 6,10 €.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.