Qui fait la grève demain ?

Certainement pas les lecteurs hein ? Pour avoir fait quelques tours chez les libraires pour des lectures d’auteurs, il me semble que le livre se porte plutôt mieux depuis l’année dernière, et.. c’est justement bien grâce aux libraires. Peut-être aussi à Facebook ? Les libraires s’affichent, les auteurs aussi : ils communiquent tant et si bien qu’on pourrait croire qu’ils peuvent se dispenser d’un attaché de presse ! On peut davantage communiquer avec eux durant ces fameuses rencontres littéraires (parisiennes ou non), au cours de lectures (ou de signatures), un par un (ou à plusieurs, et ça c’est génial, surtout quand ils peuvent échanger les uns avec les autres, ce qui n’est pas toujours le cas)… résultat : soit on découvre l’auteur, son livre surtout, et on l’apprécie (ou pas..), soit on découvre non seulement le bouquin de l’auteur, mais, plusieurs autres aussi parce qu’il n’omet jamais de parler également de ses goûts à lui ! Et ça.. c’est vraiment sympa !
Prenons l’exemple de la rencontre avec Jérôme Ferrari (pour son livre « Où j’ai laissé mon âme », excellentissime puisque c’est son dernier et que Jérôme Ferrari a décidé de faire de plus en plus fort) le 9 octobre dernier à l’Escale Littéraire, dans le quartier de Montparnasse : il nous dit avoir apprécié particulièrement Sols, de Cohen (chez Actes Sud), avoir été transporté par CosmoZ, de Claro, et en fin de rencontre, confie volontiers qu’il a été fasciné par Vie et Destin de Vassili Grossman. Chapeau bas : on repart avec son livre, un Grossman, un Claro, un Cohen, et d’autres encore pour peu qu’on soit curieux de ce qui se trouve sur les tables du libraire, plus alléchantes les unes que les autres. Pourquoi ? Mais parce que la langue, si elle nourrit les livres et s’ils ne sont rien sans elle, délie aussi l’envie de les lire !!!
Bon. D’accord : si la littérature est bien fournie, et portée par une communication toute fraîche, il n’en va pas de même de notre porte-feuille…
Et bien figurez-vous, qu’en allant le 7 octobre dernier chez Atout-Livre, une librairie de la rue Dausmenil, afin d’écouter Mathieu Riboulet pour son livre « Avec Bastien » (Verdier), Claudie Hunzinger pour « Elles s’aimaient d’espoir » (Grasset), Jean-Baptiste del Amo pour « Le sel » (Gallimard), et justement, Jérôme Ferrari pour son dernier né (Actes Sud), non seulement je me suis régalée, mais j’ai été ravie de constater que des femmes venaient souvent deux par deux, et achetaient ensemble les quatre bouquins présentés, pour se les refiler par paires après lecture… pas mal non ?
D’autant que les quatre auteurs en présence offraient un panel littéraire assez diversifié…
Il y a eu d’abord la candeur, la fragilité, l’émotivité de Madame Hunzinger. Ensuite, il y a eu l’humour empreint d’ironie de JB del Amo, avec son souci de précision dont j’imaginais bien l’existence, Mathieu Riboulet et sa sensibilité, sa sincérité, sa sagesse aussi, et pour finir Jérôme Ferrari, dont le libraire dira : « Quand j’ai fini son bouquin, je me suis dit : « Putain, ce mec est touché par la grâce !… »". C’est lui, dans toute sa splendeur : Jérôme Ferrari et ses questionnements intérieurs à fleur de peau, un homme sincère, sensible et juste comme écrin d’une littérature crue, violente et poétique à la fois, qui touche l’âme là où ça bouscule.
Les quatre auteurs avaient quand même en commun cette sensibilité, ces interrogations littéraires cachées ne demandant qu’à se suspendre pour sécher et révéler tous leurs arômes.
L’assistance a été sensible à ces voix d’auteurs portant les mots jusqu’à eux, les amenant si je puis dire : car c’est cela aussi qui nous touche, que l’auteur vienne à nous et nous offre les mots, plutôt que de se laisser débusquer sagement au détour des courses ou de la pause déjeuner.
Voilà. J’ai dérivé. Maintenant, je vais lire. Demain : on verra. J’y pense. Et vous ?

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.