Indignez-vous, de Stéphane Hessel

Ce n’est pas dans mon habitude, mais je vais le faire : parler un brin de ce livre qui fait fureur (oups) en France et s’apprête à être traduit dans plusieurs pays, à peine un trimestre après sa première sortie.

L’ouvrage, réédité et réédité, acheté parfois par paquets et offert en masse à noël, bénéficie depuis plusieurs semaines d’un phénomène de buzz inégalé jusqu’à présent au regard de son petit gabarit : 3 euros les 32 pages. 9 centimes d’euros la page. Approximativement le même prix que la page du dernier né d’Amélie Nothomb. Mais proportionnellement, est-ce vraiment aussi bon ? Est-ce vraiment aussi juste ? Est-ce vraiment aussi pertinent ?

Il va sans dire que 3 euros, ce n’est pas cher pour se déculpabiliser, avoir un sujet de conversation aux allures révolutionnaires et avant-gardistes. C’est pas lourd dans la poche, et on a lu un livre dans l’année. Mais trêve de sévérité… surtout sans avoir lu. C’est vilain.

Voilà la mise en bouche :
« 93 ans. La fin n est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l’expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948, élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d’honneur !
Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c’était l’indignation. » Certes, les raisons de s indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au toujours plus , à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance retraites, Sécurité sociale… Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l homme… en sont la démonstration.
Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une « insurrection pacifique ». »

Pour rappel, voici également la définition du mot « Indignation » : Sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l’homme.

A ce grand mot, j’ai envie de répondre : ça fait pas l’tout ! Ressentir, c’est bien. Réagir, c’est mieux ! Tout le monde me sert ce mot à tous les coins de rue désormais : « le mieux c’est de s’indigner », « il suffit pas de ne pas aimer, il faut s’indigner », « la véritable résistance, c’est l’indignation ». Mais allons ! Le français est de plus en plus indigné et n’a jamais eu besoin de verser 3 euros pour ça ! ni pour le savoir !

Pour avoir côtoyé des Déportés Résistants durant un an, je puis avancer l’hypothèse que Monsieur Stéphane Hessel a peut-être eu envie, à 93 ans, de poser un pied sur les marches de l’immortalité. Ce n’est pas condamnable dans l’absolu, mais force est de constater que les motivations de certains déportés aujourd’hui tournent beaucoup autour de l’argent et de la reconnaissance personnelle.

Ceci est mon avis d’avant lecture. J’attends beaucoup de son chapitre sur les Roms, non en tant que comparaison fondamentale avec la Déportation, mais en tant que comparaison dans le mode opératoire de l’affaire, qui lui ressemble beaucoup à certaines méthodes du temps de Vichy. Mais je donnerai mon avis après avoir lu le livre.

A demain donc !

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.