L'entrevue de Saint-Cloud, de Harold Cobert

L’entretien du dernier espoir…

Juillet 1790. Saint-Cloud gorgé de soleil, Marie-Antoinette ajuste ses dentelles, angoissée à l’idée de rencontrer bientôt le tribun Mirabeau alors qu’elle s’était juré de n’avoir jamais recours à ses lumières. La reine est aussi obstinée que le peuple la déteste. Cette entrevue de Saint-Cloud aurait pu sauver sa tête, mais le lecteur connaît déjà l’issue de l’Histoire, et le terrible destin de l’Autrichienne. Ce que l’on ne sait pas, en revanche, c’est comment cette entrevue a pu se dérouler, et ce qu’on pu se dire ces deux grandes figures de l’aire révolutionnaire. Harold Cobert, fervent admirateur de Mirabeau, s’est emparé pour nous de ce moment unique, afin de l’inscrire à jamais dans la littérature.

Mirabeau, homme passionné passionnant aux mille paradoxes, tente de faire basculer le destin d’une France dirigée par la monarchie constitutionnelle en mettant tout en œuvre pour sauver à la fois les monarques et la  monarchie constitutionnelle. Il prône le partage des pouvoirs, la réconciliation entre un peuple et son souverain. Seul obstacle… Marie-Antoinette qui dans cette entrevue, tient le rôle qu’on lui connaît : obstinée, méfiante, résignée, terrifiée tout à la fois, ne bougera pas d’un Louis. Ne cédant rien, elle court à sa perte, à celle de la royauté. Car voyez-vous, le partage n’est pas l’apanage de sa majesté. Tout ou rien ! Mirabeau, invoquant corps et âme dévoués toutes ses astuces de grand orateur visionnaire n’obtiendra que la confirmation qu’il faut savoir perdre et se résigner.

L’entrevue de Saint-Cloud, c’est une pièce montée surmontée d’une Chantilly façon Versailles,  dont les figurines, deux divorcés, se disputent le sommet royal dansant l’un contre l’autre une valse damnée, à qui servira mieux les intérêts d’une majesté déchue, déjà condamnée, brisée. Avant même les premières lignes du dernier ouvrage d’Harold Cobert, on connaît l’issue de l’Histoire, oui. C’est ce qui rend cette Entrevue mythique avant même son commencement, inédite et impétueuse, comme l’auteur, comme les deux personnages de grande classe qu’il a choisi d’interroger depuis son bastion littéraire. Servis par une plume experte, les dialogues sont savoureux, dans lesquels le Mirabeau de Cobert se révèle à la hauteur du tribun de renom : « Le silence des peuples est la leçon des rois » / « On doit des égards aux reines qui gouvernent en souveraines, et non en courtisanes… »

L’entrevue de Saint-Cloud, c’est aussi une tentation : celle de refaire, de redire, de revoir et de comprendre ce qui a fait tout basculer, d’imaginer ce qui aurait pu tout sauver, d’entrevoir ce qui pourrait tout foudroyer… C’est l’occasion, aussi, d’éclairer l’avenir par le passé, d’interrompre un instant cette fâcheuse manie qui consiste à se plonger inlassablement dans l’oubli pour reproduire siècle après siècle les mêmes erreurs. C’est l’occasion de prendre de la distance avec son siècle, qui, somme toute, ressemble à tous les autres. Pour parfaire ce voyage dans le temps, l’idéal serait qu’un metteur en scène transpose tout cela sur les planches. Bravo.

 

L’ENTREVUE DE SAINT-CLOUD, Harold Cobert, Editions Héloïse d’Ormesson, août 2010, 140 pages, 15 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.