Pourquoi la suppression de Tickart ? Dray seul le sait…

Avec la suppression des chèques culturels, instaurés il y a quelques années, on risque d’assister à la mise à mort d’un dispositif simple de partage. Tickart est en effet une mesure qui permet, pour quelques euros (15), d’accéder à des manifestations culturelles qui sans cela sont hors de portée de beaucoup de jeunes de moins de 25 ans (qui rappelons-le, sont la tranche d’âge la plus touchée par le chômage).

Pour cette petite somme, on peut se gâter non pas d’un ciné et demi, d’un livre grand format, d’une seule fesse dans un siège de théâtre.. mais d’une pièce de théâtre, un livre, un ciné, un concert, un festival, la découverte de la vision d’un auteur, dans une salle de classe, la découverte d’une activité…

Le maître mot du dispositif, qui enchante visiblement auteurs, acteurs, professeurs et élèves de banlieue, semble être : partage, transmission.

A ce titre, il était tout naturel que je pose mes questions sur le sujet à Carole Zalberg, qui depuis bientôt deux années propose à tous de découvrir les auteurs qu’elle aime à la Terrasse de Gutenberg, et qui par ailleurs a pris beaucoup de plaisir à venir parler de la littérature dans les classes. Voici ses réponses :

Avez-vous collaboré au projet Tick’art en tant qu’écrivain ?

Oui, à plusieurs reprises et dans des environnements très variés : CFA, ZEP, Lycées privées.  

Avez-vous eu l’impression de gagner quelque chose dans ces échanges ? Comment se passaient-ils ?
J’y ai énormément gagné, oui. A l’époque, il y a deux ans, il ne s’agissait pas encore de parler de ses propres livres mais de ses lectures fondatrices. L’idée était de transmettre la belle flamme des mots et notamment à ceux qui, a priori, croyaient ne rien avoir à faire avec la littérature. Dans ce cas, c’était comme un combat : arriver dans une classe où la majorité des élèves affirment, fanfarons, qu’ils détestent lire, ne pas s’en tenir à ces déclarations et trouver peu à peu où toucher, discerner les chemins à prendre pour qu’ils se sentent concernés. Légitimes, en fait. Car c’est tout le problème de ces adolescents : la plupart n’ont jamais mis les pieds dans une librairie et pensent que c’est un monde auquel ils n’ont pas accès. Pis encore : pas droit. C’est toute la force du dispositif Tick’art. En accompagnant ces jeunes en librairie, on n’est plus dans le discours mais bien dans l’action et la preuve. Les voir repartir avec un livre qu’ils n’auraient jamais imaginé désirer est une des plus grandes joies que j’aie connues.
Quelles valeurs représente Tick’art à vos yeux ?
La possibilité que la culture ne soit plus une île interdite à ceux dont l’entourage ne les y conduit pas. 

A qui bénéficie Tick’art ?
Au lycéens, aux libraires, aux écrivains aussi, bien sûr. A la société, qui a tout à y gagner.
La suppression de ce dispositif interviendra en septembre prochain, et la raison serait qu’il n’atteint pas le public visé, ne bénéficie pas à ceux qui en ont besoin, mais à ceux qui sont plus favorisés, aux parisiens. Que pensez-vous de cette réponse ?
C’est une ineptie. Tous les écrivains qui ont participé à Tick’art pourront témoigner qu’ils se sont rendus beaucoup plus souvent dans des établissements de banlieues considérées comme « difficiles » qu’à Paris intra-muros. 

Pourquoi sa suppression à votre avis ?
Dray seul le sait. 

Dans un monde meilleur, on ferait quoi pour la culture et pour que les jeunes puissent y avoir accès ?

On multiplierait les initiatives de type Tick’art qui montrent que la culture est vivante, généreuse et nécessaire.

Une fois encore, la pétition contre la suppression de Tickart : http://www.petitions24.net/non_a_la_suppression_des_tickarts

Le site de Carole Zalberg, son dernier ouvrage est paru aux éditions du Chemin de Fer (L’invention du désir) en novembre 2010.

 

 

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.