Thomas B. Revery nous parle du dispositif Tick’art

 

Photo : J.L. Bertini

Suite à l’article de Stéphanie Hochet, qui a accepté de répondre à mes questions, et qui a tiré la première la sonnette d’alarme concernant la suppression silencieuse du dispositif Tickart, j’ai décidé d’interroger plusieurs acteurs de la  vie culturelle. Entre autres, j’ai eu la chance de pouvoir recueillir les impressions de Thomas B. Reverdy. Il est romancier, mais également professeur de Lettres.

Avez-vous collaboré au projet Tick’art en tant qu’écrivain ?

Je n’ai pas collaboré au projet en tant qu’écrivain, mais en tant qu’enseignant.

De ce côté, le dispositif me permettait surtout de présenter aux élèves une culture vivante et accessible. Je m’en suis servi essentiellement pour le théâtre et la librairie. Il y a aussi une part de liberté appréciable dans cette opération, puisque les tickets non utilisés dans le cadre scolaire reviennent aux gamins qui en profitent comme ils l’entendent (concerts, par exemple).

A qui bénéficie Tick’art ?

Pour ce qui est de « qui en bénéficie », ce ne sont bien sûr pas les écrivains ou les exploitants de salles, le gain est marginal et de toutes façons, tous les théâtres font de l’action éducative, avec ou sans tick’art : ce sont les élèves qui en bénéficient. Et pour ce qui est du profil sociologique, eh bien par exemple je suis prof à Bondy, et l’on aurait du mal à prendre mes élèves pour des privilégiés, côté accès à la culture. Je ne sais pas du tout pourquoi on les supprime, pour moi c’est une aberration.

La suppression de ce dispositif interviendra en septembre prochain, et la raison serait qu’il n’atteint pas le public visé, ne bénéficie pas à ceux qui en ont besoin, mais à ceux qui sont plus favorisés, aux parisiens. Que pensez-vous de cette réponse ?

La thèse selon laquelle la cible n’est pas atteinte est un faux procès : que les lycéens parisiens en profitent également ne me parait pas scandaleux (après tout c’est la région qui finance), et puis la politique du tout ou rien est toujours le plus sûr moyen de ne rien faire. Le dispositif ne sauvait sans doute pas tous les lycées de banlieue de l’enclavement, mais que peut-on espérer de sa suppression?

Dans un monde meilleur, on ferait quoi pour la culture et pour que les jeunes puissent y avoir accès ?

Dans un monde meilleur, on ferait de la discrimination positive en matière de culture : on emmènerait ceux qui y ont le moins accès dans les lieux les plus prestigieux de la culture bourgeoise, Opéra, Pleyel, Comédie-Française (la C-F a cette politique je crois), Collège de France, etc. Ils n’ont besoin de personne pour découvrir le rap ou le manga. Dans un monde meilleur, on n’enfermerait pas les jeunes (et quand on dit les jeunes, on veut dire les jeunes de banlieue) dans la culture de jeunes (aux autres la culture tout court). Parce qu’un monde meilleur serait plus juste et que la justice la plus élémentaire, c’est de donner plus à ceux qui ont moins. Mais dans un monde meilleur, on commencerait par ne pas saborder les quelques bonnes idées qui, si elles ne règlent pas les problèmes, contribuent quand même à les adoucir partout où elles sont mises en oeuvre.

En fait, j’ai quand même une idée sur les raisons de cet abandon: quand on dépense beaucoup d’argent, on aime savoir à qui on le donne, et le fonctionnement des Tick’art était trop libre. On préfèrera de loin flécher des parcours avec des lieux ultra-déficitaires où des artistes font des carrières de hauts fonctionnaires. Dans le lycée où j’enseigne nous avons récemment proposé à la région de faire des économies en ne nous achetant pas tous les manuels dont nous ne nous servons pas et qui valent une fortune, et en nous donnant à la place une enveloppe moindre pour acheter de vrais livres. Réponse négative. Il faut croire que la région aime dépenser, quand c’est pour donner l’argent directement au groupe Lagardère.

Le dernier ouvrage paru de Thomas B. Reverdy, L’envers du monde, est paru aux éditions du Seuil en 2010 .

Son site est ici.

Et pour signer la pétition contre la suppression de Tick’art, c’est ici.

A venir, les réactions de trois autres écrivains : Carole Zalberg, Valentine Goby, Isabelle Rossignol.

Pour information, google actus ne sort que trois résultats parlant de la suppression du dispositif :

La culture n’intéresse vraiment plus les médias ? Bien sûr, cette annonce est arrivée juste avant le festival de Cannes, très important défilé de mode annuel (!), et d’autres événements vers lesquels tous les regards se tournent. Il ne faut néanmoins pas oublier que ce que nous faisons pour la culture aujourd’hui, prépare l’intelligence de demain. Il ne faut donc pas l’écarter de nos esprits.

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.