Valentine Goby : Tickart = Transmission, partage, ouverture culturelle.

Valentine Goby a collaboré plusieurs fois à Tick’art. C’est principalement en banlieue qu’elle est allée parler de la littérature. Là-bas, si vous ne croisez pas le chemin de quelqu’un qui vous tend un livre, la lecture se limite très souvent à la liste « au programme », à un acte que l’on accomplit parce qu’on y est obligé, et dont on se souvient vaguement plus tard en se rappelant qu’on n’était pas le seul à n’avoir pas lu le chapitre demandé pour le cours du lendemain.
Pourtant, c’est fou ce qu’on peut apprendre à vivre avec la littérature. Et c’est pas étonnant : il a bien fallu, pour écrire tous ces livres, que leurs auteurs se coltinent avec la vie. Alors quoi de plus normal que de chercher à donner un peu de ces histoires là à des jeunes qui ne connaissent que leur banlieue ?
Valentine Goby a accepté de répondre à mes questions, à son tour :
Vous avez collaboré à Tick’art, avez-vous eu l’impression de gagner quelque chose dans ces échanges ? Comment se passaient-ils ?
Je ne fais ce type d’actions que par amour de l’échange, par bonheur de partager mes lectures et mon travail d’écriture, et pour donner une vision démystifiée du rapport au livre. Je ne cherche pas à retirer autre chose qu’une vraie joie à éveiller la curiosité littéraire chez des jeunes pour qui le rapport au livre n’est pas facile. Transmission, conviction, ouverture, c’est ce que je veux apporter. Je ne crois pas l’action moins noble du fait qu’elle se borne à donner plutôt qu’à recevoir. Mais j’ai des souvenirs fantastiques de discussions avec des ados qui sont repartis de l rencontre et de la librairie avec des livres pas évidents, ambitieux littérairement, capables de prendre un vrai risque et heureux d e ça. Ca m’a juste donné la pêche pour huit jours !
Quelles valeurs représente Tick’art à vos yeux ?  

Valentine Goby - photo: Dr/ccas

La transmission, le partage, l’ouverture culturelle.
A qui bénéficie Tick’art ?
Principalement aux jeunes de banlieue qui n’ont pas beaucoup accès à la littérature du fait de leur cursus et de leur histoire personnelle.
La suppression de ce dispositif interviendra en septembre prochain, et la raison serait qu’il n’atteint pas le public visé, ne bénéficie pas à ceux qui en ont besoin, mais à ceux qui sont plus favorisés, aux parisiens. Que pensez-vous de cette réponse ?
C’est ridicule. Je n’ai jamais fait de Tickart à Paris en 3 ans ! Je suis allée à Vitry, à St Denis, à Noisy le Grand, à Créteil et au Kremlin-Bicêtre, dans des banlieues que je connais très bien pour y travailler depuis des années dans des dispositifs du Conseil Général, et la plupart de mes interventions se sont faites dans des sections absolument pas littéraires, pour lesquelles la rencontre a été une ouverture et un plaisir rares : sections techniques, gestion, médico-social… les profs étaient si heureux de ce dispositif qui permettait aux jeunes de sortir de leur quotidien, de rencontrer l’art vivant, et aussi, de franchir des frontières peu souvent traversées, celles de territoires de banlieues où bien souvent, on ne trouve pas de librairie indépendante, et parfois même pas de FNAC. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre le bénéfice d’une telle action, comment peut-on tronquer le réel à ce point ?
Pourquoi sa suppression à votre avis ?
Pour des raisons purement politiques. Il est bon d’avoir des projets neufs à proposer, la nouveauté séduit. Au lieu de capitaliser sur ce qui fonctionne vraiment et satisfait les gens sur le terrain : les artistes, les profs, les élèves.
Dans un monde meilleur, on ferait quoi pour la culture et pour que les jeunes puissent y avoir accès ?
Beaucoup de Tickart. Beaucoup de rencontres sur les lieux de l’art (et pas DANS les écoles où on enferme les élèves). On emmènerait les élèves au théâtre, rencontrer des artistes de toutes sortes. Et on ne leur demanderait pas leur avis, pas de volontariat en matière de culture. Il faut être guidé, emmené, tiré vers l’art pour accepter ensuite de s’y ouvrir. Les Tickart étaient obligatoires. Ils forçaient les portes. Et c’était bien. Tellement bien.
Valentine Goby est écrivain. Elle a publié 14 ouvrages. Le dernier s’intitule Des corps en silence (Gallimard, 2010).
Pour le reste du dossier, c’est ici.
Et pour signer la pétition, c’est .

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.