Signez l’Appel d’Emmanuelle Laborit…

… qui dénonce l’absence de réponse de l’État face au manque de moyens d’IVT International Visual Theatre, premier théâtre dédié à la langue des signes et aux arts gestuels.

Une nouvelle fois, la culture est en danger. C’est aujourd’hui un lieu que j’apprécie particulièrement qui lance un appel par l’intermédiaire d’Emmanuelle Laborit, sa directrice. Cet appel a sa place ici, car si IVT est menacé, c’est non seulement la culture mais aussi l’intégration des sourds qu’on menace.

Paris, le 15 septembre 2011

Je me permets de solliciter votre soutien et de faire connaître la situation inadmissible dans laquelle se trouve l’institution que je dirige.

International Visual Theatre, IVT, est une association unique et emblématique, fondée en 1977 par un artiste sourd américain.

Pionnière de l’enseignement de la langue des signes française (LSF), premier éditeur de dictionnaires bilingues LSF/français, IVT est aussi une compagnie de comédiens sourds à la réputation internationale avec plus de 30 créations à son actif.

J’ai eu la chance de découvrir IVT à l’âge de 7 ans, j’y ai appris la langue des signes, et ai pu y réaliser mon parcours de comédienne. C’est naturellement que j’ai pris la direction de la structure en 2003 afin de conduire son emménagement dans un lieu parisien et d’ouvrir le premier théâtre de culture sourde en France.

Dès l’inauguration de la salle de spectacles en janvier 2007, j’ai tiré le signal d’alarme sur la faiblesse des subventions compte tenu des charges inhérentes au fonctionnement d’une salle de spectacles. L’ouverture du théâtre IVT s’est soldée par un fort déficit, nécessitant un emprunt sur 15 ans non prévu et se cumulant à la faiblesse des subventions de fonctionnement.

Aujourd’hui la structure est exsangue, les problèmes financiers s’aggravent et nous contraignent à utiliser les marges dégagées par les autres secteurs propres à IVT, l’enseignement et l’édition, pour équilibrer le fonctionnement. Et ce, au détriment de la recherche linguistique et pédagogique alors même que la Langue des Signes est en pleine évolution et nécessite l’édition de nouveaux ouvrages et le développement multimédia et internet. J’ai ainsi dû, depuis, réduire largement le projet artistique.

Malgré les promesses de réévaluation des ministres de la Culture successifs, rencontrés à plusieurs reprises depuis 2007, je suis restée sans réponse sur le problème crucial des moyens de fonctionnement. L’Etat m’a accordé ponctuellement des subventions exceptionnelles : cela m’a permis d’éviter le pire mais n’a en rien réglé les questions de fond, alors que l’association est toujours dans une situation de précarité devenue aujourd’hui inacceptable.

Je suis bien consciente de la situation économique et des contraintes budgétaires actuelles ; toutefois je n’accepterai pas d’être sacrifiée sur l’autel de la rigueur budgétaire alors que je réclame une réévaluation des subventions depuis plus de 4 ans. Le montant de l’aide réclamée est dérisoire face au enjeux et à la portée des actions d’IVT.

Je dénonce le désintérêt de l’Etat pour un lieu d’utilité publique, malgré les déclarations et les bonnes intentions affichées. Cette situation est indigne au regard du désert culturel dans lequel est laissée la population sourde en France. Indigne, oui ; car je croyais que la LSF, reconnue seulement depuis 2005, pourrait disposer de moyens pour son développement.

Je demande aujourd’hui un engagement conséquent et pérenne pour IVT dont l’activité unique et exemplaire contribue à l’insertion des sourds et de leur langue dans notre pays.

La langue des signes est une langue vitale : les sourds, également citoyens, ont le droit à la culture, pas seulement à son accès. Il paraît impensable que l’Etat français ne dégage pas les moyens nécessaires au réel essor et à la visibilité de la Langue des Signes Française.

Je vous invite tous : publics, institutions, partenaires, professionnels, citoyens sourds et entendants, à signer cet appel.

J’espère sincèrement que la puissance publique manifestera sa volonté au plus vite.

Emmanuelle Laborit, Directrice d’IVT

 

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Pour signer l’appel c’est ici

 

 

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.