Rides, de Paco Roca

Admis dans une résidence pour le troisième âge parce qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer, Ernest ressent la vie en collectivité comme une épreuve. Mais il accepte bientôt son nouvel environnement et décide de se battre afin d’échapper à la déchéance à laquelle son mal le destine. Pour l’auteur, la communauté des hommes est pareille à une bibliothèque dans laquelle les livres s’amoncellent en montagnes de papier jaunissant peuplées de rêves et de fantaisies. L’usure de toute une vie les couvre de rides, et certains voient les lettres de leurs pages s’effacer, feuille après feuille, jusqu’à redevenir entièrement blanches. Malgré cela, les émotions les plus intenses survivent, préservées comme un trésor caché sur une île lointaine.

Cet album suscite très vive, avec un sujet qui nous touche, nous a touché, et de toute façon nous touchera tous ! Au delà de la maladie d’Ernest, l’auteur illustre parfaitement ce besoin d’attachement auquel nul n’échappe. Même ce drôle de petit homme, le nouvel ami d’Ernest, qui est « fier de ne pas avoir de famille », car il prétend ainsi échapper à l’affection, ou plutôt à ses conséquences fâcheuses qui consistent à souffrir de l’absence ou de l’éloignement des êtres chers  : une idée saugrenue démentie au fil des pages… puisque le petit arnaqueur des plus « barrés » est rattrapé par ce drôle de sentiment qu’on appelle amitié sans doute. Oui, au fur et à mesure qu’Ernest montre des signes de faiblesse, et une plus grande faculté d’égarement, son ami le suit, s’y attache, le protège, et tente de lui épargner le « second étage », le véritable mouroir.

Paco Roca traduit merveilleusement bien l’égarement, la fuite inconsciente de l’esprit qui s’évade sans crier gare. Il donne à voir également ce à quoi nous devons tous nous attendre, à savoir la perte des autres. C’est une bande dessinée sensible, drôle par moment, jamais pathétique. C’est un vrai régal qu’on ne peut s’empêcher de dévorer en moins d’une heure, un peu de temps pour oublier le reste, mais pas ses personnages.

Rides, Paco Roca, Mars 2007, Delcourt.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.