PILC MAG N°7

EDITO :

Un jour que je faisais mes courses dans un supermarché, je me trouvais à la caisse avec mes provisions lorsque j’ai remarqué un jeune homme devant moi. Il portait une vieille veste en jean et cuir, sans manches. Il avait un tatouage sur le bras gauche, représentant une corde de pendu, avec inscrit dessous «yourself». Le message est clair : tous ceux qui l’approchent et lisent comme moi son bras le déchiffrent clairement. «Kill yourself».

J’ai eu envie de lui répondre «toi-même».

J’ai regardé son visage.

Sous ses multiples piercings (dans le nez, sur la lèvre, et j’en passe) il avait une gueule d’ange avec un petit bouc de diable.

Je m’attendais, pardonnez-moi, à découvrir sur le tapis roulant que le jeune homme achetait des canettes de bière, une bouteille de whisky, des chewing-gums et quelques tranches de jambon avec du pain.

Point de tout cela :

Crèmes caramel, chocolat liégeois, bouteilles de chocolat au lait, tablettes de chocolat, compotes de pommes, babibel, macédoine, jambon sans couenne, tranches de fromage pour croque-monsieur (ça allait sûrement avec les nombreuses tranches de jambon), friand à la viande, saumon fumé. C’est tout. Rien de particulièrement mauvais ou un tantinet révoltant pour l’organisme. Je me suis même demandé si le jeune homme buvait du café. En somme, un panier «régressif» pour un jeune homme au look «agressif».

Je suis allée voir le film «Maman», avec Josiane Balasko. Je pensais voir un film drôle à hurler de rire (cf la bande-annonce). Non qu’à l’inverse j’aie pleuré, mais ce n’était pas drôle du tout.

Kawabata nous parle, dans Les pissenlits, des apparences et de ce que perçoivent les gens en général. Dans son livre, il est question de «cécité au corps». Une femme finit par étrangler son bébé en cherchant son cou, qu’elle ne voit plus. Il est devenu invisible à l’oeil.

Les apparences sont trompeuses. Elles ont souvent pour complice l’oeil accusateur qui les observe. L’oeil méfiant, arrogant, empêtré dans ses clichés, sélectif aussi. Quelqu’un disait : «on ne voit que ce que l’on connaît».

Au fond, peut-être que le message inscrit sur le bras du jeune homme, «kill yourself», n’était destiné qu’à ceux qui s’arrêtaient à lui au lieu de fouiller du regard son panier de courses régressif.

Tout beau, tout chaud, voici le numéro 7 de Pilc Mag.

72 pages de Culture.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.